Le sillon, une marche en fraternité

11 décembre 2015

Sang métissé

Chers amis,

Je viens d'assister aujourd'hui à Paris à une émouvante et fort instructive journée d'hommage à Jacques Lacarrière, écrivain-voyageur, poète, humaniste, historien, ethnologue, philosophe disparu en 2005. J'ai envie de partager avec vous des fragments d'un texte initialement écrit en 1983, remanié depuis, et dont l'actualité est plus que criante. Jugez plutôt :


"Pour moi, la culture, c'est (...) tout ce qui refuse les similitudes, l'immobilisme des racines, les miroirs de la mémoire close, c'est tout ce qui refuse - ou écarte - ce qui est exactement semblable ou similaire pour rechercher ce qui est différent, ce qui est dissemblable. Etre cultivé aujourd'hui, ce n'est pas lire Tacite ou Homère dans le texte (cela c'est de l'érudition), ce n'est pas non plus connaître par cœur les composantes chimiques du sol de Mars ou de Saturne, c'est tout simplement admettre - jusqu'en sa propre création - la culture des autres ; c'est même au besoin se mêler à elle et la mêler en soi. Etre cultivé aujourd'hui, c'est porter en soi, à sa mort, des mondes plus nombreux que ceux de sa naissance. Etre cultivé aujourd'hui, c'est être tissé, métissé par la culture des autres.

Le monde est en état de crise, c'est sûr.
Mais il l'était aussi à l'époque glaciaire et la crise était plus redoutable encore. Heureusement, l'Information - ni les informations - n'existait encore, les hommes du Paléolithique ignoraient donc qu'ils vivaient à l'époque glaciaire et grâce à cela, le monde fut sauvé. Notre crise à nous est du même ordre, sauf que la glaciation ne touche pas le temps ni le paysage mais les idées. Une couche réfrigérante de nationalisme, de chauvinisme, de racisme tombe à nouveau sur la planète. Avec, notamment, les horreurs de la purification ethnique en Bosnie. Pourtant, répétons-le, la culture n'a rien à voir avec le sang. Elle ne possède ni facteur Rhésus ni incompatibilités radicales. Au cours des siècles, beaucoup de langues se sont mêlées, mutuellement enrichies, fécondées. La culture est le contraire du sang, fluide clos et enclos. Elle est plutôt un fleuve qui ne peut croître et s'écouler que par l'apport constant des eaux qui sont étrangères à sa source. Le seul point commun qu'a la culture avec le sang, c'est d'être apte, comme lui, à la transfusion. Transfusons les cultures. Transfusons les idées. Transfusons même les images. Au terme, nous serons toujours nous-mêmes mais habités par un sang neuf. Je ne crois qu'au sang métissé."

( Vous pouvez retrouver l'intégralité de ce texte sur le site (www.cheminsfaisant.org )à la rubrique PAROLES DE JACQUES et sous le titre " Métissage" )

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30 novembre 2015

Etre humain

JOUR 84 : lundi 30 novembre à Acigné (35)

Chers amis, c'est aujourd'hui que se termine cette aventure dans l'aventure, la rédaction de ce blog. Jusqu'au bout, c'est cet aspect-là qui m'aura coûté le plus d'efforts et de tourments, puisque je viens de perdre le message final que j'avais soigneusement et amoureusement rédigé cet après-midi. Tant pis, je lâche. Après avoir tant partagé, le temps est venu de me taire. Le jeu en valait la chandelle, ô oui, et je suis heureuse de ces écrits souvent arrachés à mes heures de repos. Ils sont la mémoire de ce long voyage en humanité.

Je vous remercie du fond du coeur chers lecteurs,belle communauté à l'écoute généreuse même si le plus souvent silencieuse. Si j'ai été la plupart du temps seule sur la route, je me suis cependant toujours sentie accompagnée. Il y en avait du monde dans mon gros sac à dos vert !

Tout au long de ce chemin, j'ai exploré la question de la fraternité, interrogeant sans relâche cette valeur fondamentale, la seule de notre devise sur laquelle nous avons véritablement un pouvoir d'action au plan individuel. Cette longue route n'était pas pavée de pétales de rose, loin s'en faut. Si j'ai été comblée par la simplicité, la générosité, l'ouverture, la bienveillance de mes hôtes, j'ai aussi été traversée par des épreuves personnelles d'un bout à l'autre du chemin. Ces dix semaines de marche constituent une expérience fondatrice pendant laquelle j'ai questionné mes propres valeurs,ainsi que mon rapport à l'autre et au monde. J'ai été obligée de me positionner sur différents plans allant de la sphère intime à l'espace public où j'ai fait le choix difficile d'exposer mes pensées, ma parole et mon image. Tout ceci fut loin d'être évident et souvent le fruit de profondes réflexions, sérieux doutes et combats intérieurs. 

Aujourd'hui, je peux le dire : j'ai fait de mon mieux. Une de mes plus grandes satisfactions est d'avoir réussi à me rendre vraiment disponible à chaque nouvelle rencontre, en passant par-dessus les difficultés personnelles que je pouvais affronter.

ETRE HUMAIN est le titre que je voulais donner à ce dernier message. Ô merveilleux hasard du calendrier, j'ai pu assister cet après-midi à une conférence donnée à Rennes par le vénérable sociologue Edgard Morin ( 94 ans !) dont j'avoue ne découvrir le travail qu'aujourd'hui. Quelle parole bienfaisante et humaniste ! Je recommande la lecture de son dernier ouvrage "Penser global, l'humain et son univers" paru en septembre dernier, où le philosophe essaie précisément de définir ce qui fait notre humanité.

De la même façon, je vous recommande chaudement de découvrir HUMAN, le nouveau projet documentaire du photographe et réalisateur français Yann Arthus-Bertrand. On peut le trouver sous forme de DVD ou en ligne sur youtube depuis septembre.

En voici la présentation officielle : "Human témoigne de la parole des hommes, constitue une passerelle vers une réflexion constructive sur ce qui nous unit et nous distingue. Ces valeurs essentielles que nous partageons tous, ces points de vue et ces vécus si différents font notre richesse. Par ce double regard – vers les visages de la Terre et les visages des hommes –, Human nous entraîne au plus profond de l’être humain et nous offre des instants de respiration et de poésie au travers d’images aériennes témoignant de la beauté du monde.

Il existe des sujets universels mais chaque histoire est unique. C’est le postulat de départ de Human. Composée d’images aériennes inédites et de témoignages face caméra, cette fresque singulière dresse un portrait de l’humanité d’aujourd’hui qui résonne en chacun de nous. Filmées dans 60 pays pendant plus de trois ans, les 2 020 personnes interrogées nous regardent droit dans les yeux et nous livrent des témoignages authentiques et profonds. Quels que soient le pays, les cultures, l’âge ou les religions, les journalistes ont soumis aux participants les mêmes questions essentielles autour de la condition humaine : Vous sentez-vous libre ? Quel est le sens de la vie ? Quelle est l’épreuve la plus difficile que vous avez dû affronter et qu’en avez-vous appris ? Quel est votre message pour les habitants de la planète ? Etc.

À chaque fois, intimité et spontanéité ont pris le pas sur le questionnaire et de véritables rencontres se sont produites entre les journalistes et les interviewés.Pendant souvent plus d’une heure, ils se sont livrés et racontés sur leur vie d’être humain. À l’écoute de ces récits de vie, il était urgent de donner la parole aux hommes et aux femmes du monde. En mettant au coeur de Human les maux de l’humanité, Yann Arthus-Bertrand signe son oeuvre la plus engagée, la plus politique. À l’encontre des habitudes cinématographiques, sans scénario préalable, Human s’est écrit au fur et à mesure des rencontres. Ce poème sans commentaire se révèle pour chacun une expérience inédite, presque immersive. Un voyage intérieur au coeur de l’âme humaine avec, en contrepoint onirique, des prises de vue aériennes majestueuses. À l’écoute du passé et tourné vers l’avenir, Human se veut un plaidoyer pour tous les citoyens du monde.

Site du projet HUMAN : http://www.human-themovie.org/fr/

Accès au film sur la chaîne youtube et aux interviews individuelles : https://www.youtube.com/watch?v=FLqft-ICVQo

A titre d'exemple, interview de l'ancien président de l'Uruguay, José Mujica : https://www.youtube.com/watch?v=myzYPjLiieI

Je laisse le presque-mot de la fin à Yann Arthus-Bertrand : "Quelle que soit notre condition ou situation, chacun d’entre nous peut apporter sa contribution à un mieux Vivre Ensemble. Que l’on soit homme, femme, jeune, vieux, marié, divorcé, célibataire, orphelin, pauvre, riche, handicapé, nos possibilités d’agir sont multiples. Que ce soit à travers un engagement associatif ou des actions simples réalisées ça et là, il y a autant de gestes à faire que d’histoires à vivre, pour nous réaliser et construire l’humanité de demain."

 

Belle route à vous, chers frères humains ! Et n'oubliez pas ces mots d'Andrée Chédid : " Qui que tu sois, je te suis plus proche qu'étranger !"

Avec toute mon amitié et ma gratitude,

Evelaine 

 

Dix propositions pour la fraternité

 

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29 novembre 2015

Si tu veux la paix...

( Je partage avec vous ce magnifique texte de Thomas d'Ansembourg, publié sur facebook le 22 novembre)

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L'APRÈS BATACLAN

Si tu veux la paix, prépare la.
Nous sommes puissants, bien au-delà de ce que nous croyons savoir de nous.

Par habitude, nous sommes beaucoup plus habiles à préparer la guerre que la paix. C’est un vieux logiciel, pavlovien. Et forcément c’est la guerre que nous obtenons. Pour cela, nous avons un ministre et un ministère, une administration et une armée de personnel avec ses corps d’élite, des grands moyens de recrutement, d’entrainement, de communication et de couverture médiatique, d’espionnage et même de recherche, et bien sur une légitimité historique (« on l’a toujours fait… »). La guerre, oui, nous savons y faire.Et la paix, c’est quand, où et comment qu’on apprend à « savoir y faire » ? Où est le ministre, le ministère et le personnel en charge de l’organisation de programmes et formations, du soutien logistique et de la couverture médiatique, où est le budget, le recrutement, le soutien à la recherche et au échanges internationaux ?
Et surtout, qui accepte en haut lieu de légitimer l’éducation – tant scolaire que permanente - à la paix ?

LA PAIX, cela s’apprend, comme les math, le foot, les langues et la conduite d’une voiture.

La paix ne tombe pas du ciel, sauf chez les bisounours. La paix s’apprend, se travaille, s’organise et se structure avec au moins autant d’attention, de rigueur, de détermination et d’engagement que la guerre. Elle requiert une discipline de savoir être, qui permet le savoir être ensemble.Toute maîtrise d’une discipline suppose des apprentissages, donc du temps et la volonté d’y parvenir.

Nous disposons "d’armes" d’outils de construction massive, aussi performants qu’ignorés du grand public.

Il existe des dizaines et dizaines d’outils de paix qui ont fait leur preuves dans de nombreux registres, certains depuis plus de 30 ans et bien plus, pour apprendre à se pacifier soi, pacifier les relations aux autres, ouvrir son coeur et son discernement, gérer ses émotions, faire bon usage de la colère ou de la peur, savoir s’exprimer avec vigueur sans violence, savoir écouter l’autre sans craindre sa vigueur, développer du respect pour l’altérité et de l’empathie pour l’autre, traverser les conflits de façon « win-win », faire les deuils nécessaires, nourrir son inspiration et sa créativité, … Ce sont des processus que nous pouvons apprendre à mettre en place petit à petit dans la durée (v. ci-dessus : rigueur, discipline, structure, engagement et temps) . Rien à voir avec des trucs ou recettes de magazine comme tant de gens le croient.

La majorité de nos contemporains ignorent ces possibilités et subissent leur vie, subissent les tensions récurrentes, le doute et la détresse, la rage et la peur, la frustration croissante et l’amertume (et donc la tentation de compenser leur mal-être plutôt que de nourrir leur bien être), sans même imaginer que des outils existent pour se transformer, transformer sa vie et se déployer autrement.

La majorité de nos dirigeants et des responsables de nos écoles, Hautes Ecoles et Universités, de nos religions, nos administrations, nos média, et de nos journalistes ignorent ou n’ont pas compris la puissance de transformation dont chacun de nous dispose. Ils ne contribuent donc pas à faire connaître ces approches et processus auprès du grand public. Seuls le bouche à oreille et quelques magazines spécialisés, quelques sites internet, quelques rares émissions souvent aux heures tardives, quelques congrès et salons, et quelques affiches aux sorties de livres permettent au citoyen perdu d’avoir un premier contact avec le monde de la transformation intérieure.

Pour éviter de nous retrouver tous ensemble, en flagrant délit de non-assistance à personnes en danger, pire, non assistance à l’Humanité en danger, au sortir des attentats tragiques et à la veille de la Cop21, je propose aux personnes qui partagent ces convictions de témoigner et diffuser largement cette conscience-ci (qui est - pour ce qui me concerne - le fruit de plus de 20 ans de pratique de l’accompagnement des personnes à travers les cycles, saisons et méandres de l’existence) :

- la violence n’est pas l’expression de notre nature : elle est l’expression de le violation de notre nature (Cessez d’être gentil soyez vrai – 2001- p. 233). Lorsque nos besoins fondamentaux (amour, reconnaissance, appartenance, avoir sa place, expression de soi, sens a sa vie, équité, partage, etc) ne sont pas nourris et si nous ne savons comment pas nommer et faire comprendre ce qui se passe en nous, nous pourrions tous être violents.

- ainsi, la violence et la maltraitance faites à la Nature est le reflet spectaculaire de la violence et maltraitance faite par chacun de nous à sa nature intime.

- c’est donc citoyen d’apprendre à respecter sa nature profonde et à se pacifier : un citoyen pacifié est un citoyen pacifiant. Il est tout sauf passif et béni-oui-oui : il crée un sillage fécond de pacification.

- la clé du changement est à l’intérieur : faisons connaître les outils de paix et de transformation intérieure. « Secouons » (chaleureusement) nos dirigeants de tous ordres pour qu’ils les encouragent et les facilitent concrètement, à l’école (de la maternelle à l’université), dans les hôpitaux, les lieux de sport, les Eglises, les services publics, les administrations, les entreprises.

- et encourageons par notre attitude les sceptiques et les incrédules de tous bord à quitter la posture de sourire gentil parfois narquois voir condescendant que certains peuvent encore adopter lorsque les notions d’éducation à la paix et à la NonViolence sont exprimées ; soutenons nous mutuellement pour découvrir, intégrer et faire découvrir les pratiques qui permettent de développer une Intériorité Citoyenne.

Pour DEVELOPPER CETTE ATTITUDE, voici quelques pistes parmi bien d’autres (pour chaque point des méthodes existent) :

- prendre régulièrement du temps de présence à soi pour ne pas laisser des cocottes minute d’émotions non traitées se remplir et s’empiler dans nos cœurs jusqu’à explosion ou implosion ; et pour ne plus balancer à l’autre « toi tu es la goutte qui fait déborder mon vase ! » (Sans blague, qui est responsable de mon vase intérieur, l’autre ou moi ?).

- développer ainsi une hygiène de conscience, une douche psychique aussi régulière et évidente que notre hygiène et notre douche physiques. Petit à petit, cela permet de jardiner un état de paix et de force intérieures contagieux.

- apprendre ainsi à comprendre et aimer l’humain en nous sous toutes ses couleurs et dans tous ses états, pour ainsi apprendre à comprendre et si pas à aimer du moins à respecter l’humain en l’autre, bien au-delà des conforts qui nous dorlotent et des inconforts qui nous dérangent.

- Lâcher la vieille habitude de vivre les rapports humains comme des rapports de force (domination-soumission-agression-démission-manipulation-séduction-compétition,…). S’ouvrir à et s’habituer à créer des rapports de collaboration, confiance, synergie et co-création.

- développer notre faculté naturelle d’empathie pour l’autre et de bienveillance, même et surtout si nous ne sommes pas d’accord : apprendre à ressentir ce que l’autre ressent avant de lui répondre ; apprendre à lâcher la prétention à avoir raison, source de tant de tensions égotiques stupides Rappellons : « nous avons un choix fondamental dans l’existence : être heureux ou avoir raison » (ACIM, cité par Marshal Rosenberg).

- fréquenter de plus en plus régulièrement et en pleine conscience nos états de joie, pour conjurer le logiciel de la culture du malheur et de la plainte dans laquelle nous avons grandi. Ce qui fait joie fait sens. Et fréquenter nos rêves ; nos rêves sont la clé de l’innovation et du changement. Tous ce qui existe – en dehors de la nature - a d’abord été rêvé !

- développer ainsi notre aptitude naturelle à la gratitude : voir et célébrer ce qui est, ce qu’on a et vit plutôt que de se plaindre de ce qu’on n’a pas ou ne vit pas. La gratitude est la vigoureuse vitamine de la relation à soi, à l’autre à la vie (v. à ce propos les découvertes étonnantes de la Psychologie positive et de la Physique Quantique)

-Voyez, il s’agit bien – comme pour la guerre - d’apprentissages qui demandent du courage, de la rigueur et de la persévérance. Rien de bisounours : c’est du travail. Or nous savons apprendre, nous savons travailler, nous savons être persévérants et rigoureux.

NOUS SOMMES DONC PUISSANTS.
--------
« Nous devons apprendre à nous aimer comme des frères, sinon nous allons nous entretuer comme des imbéciles » - Martin Luther King.

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28 novembre 2015

Polysons

JOUR 82 : samedi 28 novembre

O joie, ô espoir !

La Ville de Paris a chargé la Fédération de Paris de la Ligue de L'enseignement de faire travailler en 2016 les écoliers parisiens sur la Marseillaise et les valeurs qu'elle porte. Le Choeur d'enfants "Les Polysons" a écrit cet été de nouvelles paroles plus adaptées aux enfants mais conservant les valeurs républicaines. Le but: mieux les comprendre pour mieux les défendre.

Mercredi 11 novembre, les enfants l'ont chantée à la Mairie du 20ème pour la commémoration de l'Armistice. Leur nouvelle version de la Marseillaise a été très appréciée et a suscité beaucoup d'émotions chez les participants, et même auprès des anciens combattants présents à la cérémonie, ce qui était loin d'être gagné !

Samedi 28 novembre, le choeur a enregistré pour le kit pédagogique à usage des écoles parisiennes la Marseillaise dans sa version officielle, mais aussi leur propre version dont voici le texte. Cette version est destinée à servir d'exemple, ou tout du moins de base de réflexion aux classes de CM2 qui travailleront cet hiver sur ce projet d'écriture que j'appelle de mes voeux depuis le 17 janvier dernier.

Un grand bravo aux enfants et aux adultes ( notamment Marc et Elisabeth-Hélène Trigo ) qui ont à coeur de former des citoyens responsables de leurs actes et de leurs paroles.

A diffuser sans modération si comme moi, vous trouvez un soulagement à lire et chanter ces paroles bienfaisantes en ces temps où nous avons tous besoin de nous rassembler sous une bannière d'espoir et de paix.

La Marseillaise des Polysons ( 2015)

Allons enfants de la Patrie

Le jour de gloire est arrivé

Contre toutes les tyrannies

L’étendard de France est levé (bis)

Mais voyez-vous dans notre Histoire,

Nos luttes pour la Fraternité,

La liberté l’égalité,

Constituent nos plus grandes victoires

 

Ensemble Citoyens, la Paix nous gagnerons

Chantons, chantons que la justice unisse les Nations

 

Opposons aux forces guerrières

La puissance des peuples unis,

Afin de gommer les frontières

Par le dialogue soyons amis(bis)

Rassemblons -nous sous nos couleurs

Créons un monde d’espérance,

Dans le respect des différences

Tous ensemble défendons nos valeurs.

 

Choeur des Polysons

(c) SACEM 2015

Lien vers la vidéo : https://www.facebook.com/louisa.khouni/videos/10207670852916576/

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20 novembre 2015

De la bouche des enfants, la vérité

JOUR 74 : vendredi 20 novembre 2015 , journée internationale des droits de l'enfant

En ce jour sombre où la violence a encore frappé avec fracas, j'aimerais rappeler que nous célébrons la journée internationale des droits de l'enfant. (Convention internationale des droits de l'enfant Convention des Nations-Unies du 20 novembre 1989 : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/Conv_Droit_Enfant.pdf )

J'aimerais vous dire aussi que demain samedi 21 novembre après-midi aura lieu au Vieux-Port de Marseille un " grand rassemblement de la solidarité avec les marcheurs bretons du Secours Populaire et plusieurs centaines d’enfants de « Copain du monde »,mouvement créé en 1992 pour accompagner tout enfant qui souhaite pratiquer la solidarité. Ils découvrent la CIDE (la Convention internationale des droits de l'enfant) pour devenir des citoyens responsables et défendre ces droits par le biais d'actions de solidarité. En France, ces enfants "Copains du monde" veulent transmettre un message d’espoir à tous les enfants du monde. Ainsi, depuis plus de 20 ans, ils réfléchissent eux-mêmes à des actions et les mettent en œuvre avec succès."

Les assises nationales du Secours Populaire, qui fête ses 70 ans d'existence, se tiendront jusqu'à dimanche. En voici le programme :https://www.secourspopulaire.fr/sites/default/files/atoms/files/dp-congres_spf_2015.pdf

Pour terminer, je vous joins le début du texte composé par des élèves d'une école élémentaire de Sète au lendemain des attentats de janvier. J'avais alors joint le directeur de l'école par téléphone qui m'avait dit que les enfants avaient écrit ces paroles pour se réconforter et reprendre espoir en l'avenir. Ils ont été invités à les chanter lors de la cérémonie des voeux devant le maire de leur ville. Voici seulement le début de leur chanson, le directeur n'ayant pas accepté de m'en fournir le texte intégral (?) : 

"Allons enfants de notre beau pays, 

Un grand jour d’espoir s’est levé, 

Nous marchons dans les villes de France, 

Pour dire notre rêve de paix (bis), 

 

Ressentez-vous dans nos entrailles, 

Monter cette immense fierté, 

D’un peuple aujourd’hui rassemblé, 

Pour lever son besoin de Liberté,

 

 Aux livres, citoyens, 

Ouvrons tous nos cahiers,

 Lisons, lisons,

 Et apprenons, 

Qu’ensemble nous vivons  ( ..)

http://www.midilibre.fr/2015/01/27/la-marseillaise-revue-et-corrigee-par-lakanal,1116756.php

elèves Lakanal

 

 

 

 

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19 novembre 2015

Un jour, pourtant...

Un jour, un jour
(Poème de Louis Aragon, chanté par Jean Ferrat )
Tout ce que l'homme fut de grand et de sublime
Sa protestation ses chants et ses héros
Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux
A Grenade aujourd'hui surgit devant le crime

Et cette bouche absente et Lorca qui s'est tu
Emplissant tout à coup l'univers de silence
Contre les violents tourne la violence
Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Ah je désespérais de mes frères sauvages
Je voyais je voyais l'avenir à genoux
La Bête triomphante et la pierre sur nous
Et le feu des soldats porté sur nos rivages

Quoi toujours ce serait par atroce marché
Un partage incessant que se font de la terre
Entre eux ces assassins que craignent les panthères
Et dont tremble un poignard quand leur main l'a touché

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Quoi toujours ce serait la guerre la querelle
Des manières de rois et des fronts prosternés
Et l'enfant de la femme inutilement né
Les blés déchiquetés toujours des sauterelles

Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue
Le massacre toujours justifié d'idoles
Aux cadavres jeté ce manteau de paroles
Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou

Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche 

https://www.youtube.com/watch?v=TrJNWMBJVfs

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Etapes du SILLON

 Fanion final paysage

 

ETAPES DU SILLON

J

Date

Etape

Km/jour

Km cumulés

Compagnons de marche

Hébergement chez...

1

Mardi 8 sept

St Malo (plage du sillon)/ Mont-Dol

via Fontaine aux pèlerins/ St Méloir/

St Benoit des ondes /Hirel ( D6 et GR34)

28 km

28 km

x

Renée et Lucien

2

Mercredi 9 sept

Mont-Dol/ Pleine-Fougères

via Dol de Bretagne/ Baguer-Pican//( D576, D 387, GR 34-GR 39)

24 km

52 km

x

Claudie et André

3

Jeudi 10 sept

Pleine-Fougères/ St Brice en Coglès

via Antrain (GR 34)

31 km

83 km

x

Eric

4

Vendredi 11 sept

La Selle en Coglès/ Fougères (GR34)

28 km

111 km

x

Géraldine et Jean-Luc

5

Samedi 12 sept

Fougères/ Dompierre-du-Chemin ( GR34)

22 km

133 km

Géraldine

Dominique

6

Dimanche 13 sept

Dompierre du Chemin/La Chapelle-Erbrée ( GR34 et D110)

24 km

157 km

Dominique et Laurent

Pauline et Samuel

7

Lundi 14 sept

La Chapelle Erbrée/Port-Brillet

via Mondevert ( D29, D11 et Tour des marches de Bretagne)

18 km

175 km

x

Pierre et Madeleine

8

Mardi 15 sept

Port-Brillet/ Laval

via Le Genest-St-Isle

( Tour des Marches de Bretagne)

28 km

203 km

x

Blandine et Jean

9

Mercredi 16 sept

Laval/Forcé

6 km

209 km

x

Antoine et Sabine

10

Jeudi 17 sept

Forcé/Meslay-du-Maine

Entrammes/Maisoncelles-du-Maine/ Le Bignon-du-Maine ( D21 et D233)

25 km

234 km

Antoine

Eglise de Meslay du Maine

11

Vendredi 18 sept

Meslay-du-Maine/ Bouessay

via St Denis-du-Maine/La Cropte/Préaux/Beaumont-pied-de-boeuf/St Loup-du-Dorat/

( D 152,D 573, D 212 et D220)

21 km

255 km

x

Fabrice et Charlotte

12

Samedi 19 sept

Sablé-sur-Sarthe/ Le vieux chêne

26 km

281 km

x

Camion de Fabrice

13

Dimanche 20 sept

Le vieux chêne/La Flèche

20 km

301 km

x

Christine

14

Lundi 21 sept

La Flèche/ Le Lude ( GR35)

33 km

334 km

x

Auberge alsacienne

15

Mardi 22 sept

Le Lude/ St Germain d'Arcé

via La Chapelle-aux-choux( GR35)

20 km

354 km

Laurent

Tente Laurent

16

Mercredi 23 sept

St Germain d'Arcé/ Dissay sous Courcillon

( chemin de Compostelle)

30 km

384 km

Laurent

Tente Laurent

17

Jeudi 24 sept

Dissay sous Courcillon/Neuillé-Pont Pierre

24 km

408 km

Laurent, Gérard et Paulette

Voiture Gérard et Paulette

18

Vendredi 25 sept

Neuillé-Pont Pierre / Tours

via Semblancay/ Charentilly/ La Membrolle (chemin de Compostelle)

30 km

438 km

x

Basilique St Martin de Tours

19

Samedi 26 sept

Tours-Tours

6 km

444 km

x

Basilique St Martin de Tours

20

Dimanche 27 sept

Tours/ Cormery (GR46)

33 km

477 km

x

Hotel de Jean-Marc

21

Lundi 28 sept

Cormery/ Loches (GR46)

29 km

506 km

x

Jeanne

22

Mardi 29 sept

Loches/ Saint Jean-Saint Germain

12 km

518 km

Jeanne

Pierre ( avec Pierre)

23

Mercredi 30 sept

St Germain/Châtillon-sur-Indre

Bridoré/Fléré-la-Rivière (GR46)

22 km

540 km

Pierre

Camping

24

Jeudi 1er oct

Châtillon-sur-Indre/ Palluau-sur-Indre (GR46)

16 km

556 km

x

Nadine et Alain

25

Vendredi 2 oct

Palluau-sur-Indre/ Buzançais

via St Genou ( GR 46)

17 km

573 km

x

Bruno

26

Samedi 3 oct

Buzançais/ Châteauroux

via Villedieu-sur-Indre (GR46)

32 km

605 km

x

Michèle

27

Dimanche 4 oct

Châteauroux/Ardentes

via Villedieu-sur-Indre (GR46 et D14)

16 km

621 km

x

Geneviève et Daniel

28

Lundi 5 oct

Ardentes/ La Châtre

via ( D 19 et GR46)

33 km

654 km

x

Hôtel du commerce

29

Mardi 6 oct

La Châtre/ Ste Sévère-sur-Indre

( GR46 et raccourcis par petites routes)

19 km

673 km

x

Salle communale de Ste Sévère

30

Mercredi 7 oct

Ste Sévère-sur-Indre/ Boussac

32 km

705 km

x

Hôtel

31

Jeudi 8 oct

Boussac/ Lépaud

via Bord-St-Georges/ Auge ( GR 41-46)

34 km

739 km

x

Camping

32

Vendredi 9 oct

Lépaud/ Evaux-les-Bains

via Chambon-sur-Vouèze/château de Barbe-Bleue ( GR 41-46)

18 km

757 km

x

Camping

33

Samedi 10 oct

Evaux-les-Bains/St Maurice-près-Pionsat

( GR 41-460 et D 103 a)

27 km

784 km

x

Vestiaires foot

34

Dimanche 11 oct

St Maurice-près-Pionsat/ Miremont

( GR 41-460)

32 km

816 km

x

Douches camping

35

Lundi 12 oct

Miremont/Saint Ours

via Montfermy ( GR 41-460 et GR 4)

31 km

847 km

x

Bruno

36

Mardi 13 oct

Saint Ours/ Fontfreyde

via Puy Chopine, Puy de Côme, Puy de Dôme (GR 4)

33 km

880 km

Cécile

Rémi et Solange

37

Mercredi 14 oct

Fontfreyde/ Saint Saturnin

(GR 4, GR 30-33 et via ARVERNA, Compostelle à partir de Chadrat )

15 km

895 km

x

Véro ( avec Elodie)

38

Jeudi 15 oct

Saint Saturnin/Issoire

via Champeix,Pardines, Perrier

(via ARVERNA)

32 km

927 km

Véro et Amalia

Hôtel

39

Vendredi 16 oct

Issoire/ Breuil-sur-Couze

( via ARVERNA)

19 km

946 km

x

Fabrice et Sarah ( + Isabelle, Alain,, Marie, Jérôme)

40

Samedi 17 oct

Breuil-sur-Couze/Ste Florine

via Nonette/ Orsonnette/Maillat/ Auzat-sur-Allier ( via ARVERNA)

24 km

970 km

x

Hôtel

41

Dimanche 18 oct

Ste Florine/ Brioude

via Brassac-les Mines/Auzon/Chappes/Azérat/Lamothe

(via ARVERNA)

25 km

995 km

Albéric, Hélène, Olivia et Toni

Rolande

42

Lundi 19 oct

Vieille-Brioude/ Frugières-le-Pin

( GR 300)

10 km

1005 km

Claire

Annie et Isabelle

43

Mardi 20 oct

Frugières-le-Pin/ Chavaniac-Lafayette

( GR 300)

24 km

1029 km

Pierre

Gîte d' étape

44

Mercredi 21 oct

Chavaniac-Lafayette/Siaugues-St-Romain

( GR 300)

17 km

1046 km

x

Marie-Laure

45

Jeudi 22 oct

Siaugues-St-Romain /Le Puy-en-Velay

32 km

1078 km

x

Marie-Laure

46

Vendredi 23 oct

Le Puy-en-Velay/ St Julien-Chapteuil

( GR 65, chemin de Compostelle)

22 km

1100 km

Marie-Laure

Marie-Laure

47

Samedi 24 oct

Queyrières / Fay-sur-Lignon

28 km

1128 km

Chantal et Laurent

Gîte d'étape

48

Dimanche 25 oct

Fay-sur-Lignon/Beauvert

32 km

1160 km

Bernard et Laurent

Camionnette de François

49

Lundi 26 oct

Le Cheylard/ Les Ollières-sur-Eyrieux

32 km

1192 km

Laurent

Chambre d'hôte de Benoît

50

Mardi 27 oct

Les Ollières-sur-Eyrieux/ La Voulte-sur-Rhône

28 km

1212 km

Laurent

Jacques et Yvette

51

Mercredi 28 oct

Valence ( jour de repos)

x

1212 km

x

Jacques et Yvette

52

Jeudi 29 oct

Livron-sur-Drôme/ Crest

18 km

1230 km

x

Couvent des Clarisses

53

Vendredi 30 oct

Crest/

10 km

1240 km

x

Chansak,Lolie et Nakou

54

Samedi 31 oct

Félines/Dieulefit

21 km

1261 km

Esther, Hélène, Karine

Hôtel

55

Dimanche 1er nov

Dieulefit/ Nyons

28 km

1289 km

x

Claire et Guy

56

Lundi 2 nov

Nyons/ Buis-les-Baronnies ( GR 9)

24 km

1313 km

x

Véronique

57

Mardi 3 nov

Journée de préparation à la Viste

0 km

1313 km

x

Véronique

58

Mercredi 4 nov

Buis-les-Baronnies/Plaisians

13 km

1326 km

x

Gîte l'Erable

59

Jeudi 5 nov

Plaisians/ Verdolier près de Sault

Mont Ventoux ( GR 9 et GR 4)

36 km

1362 km

x

Gîte Pilpoil

60

Vendredi 6 nov

Sault/ Rustrel ( GR9, GR 6, GR 97)

26 km

1388 km

x

Georges (chez Benoît)

61

Samedi 7 nov

Rustrel/ Saint-Martin-de-Castillon

( GR 6, GR 97, GR 911)

15 km

1403 km

Georges et Damien

Damien

62

Dimanche 8 nov

Saint-Martin-de-Castillon /La Bastide des Jourdans via Vitrolles en Lubéron (GR9, GR 97)

25 km

 1428 km

Georges et Damien

 Jean-Michel et Bénédicte

63

Lundi 9 nov

La Bastide des Jourdans / Bèdes

via Beaumont de Pertuis et Mirabeau (GR 9 )

26 km

 1454 km

 X

 Aline et Jacques

64

Mardi 10 nov

Jouques/ Vauvenargues

( + bus jusqu'à Puyloubier)

13 km

 1467 km

 x

 Gîte d'étape

65

Mercredi 11 nov

Puyloubier/ Montagne Sainte-Victoire/ Puyloubier(GR 9 )

 20 km

 1487 km

 x

 Gîte d'étape

66

Jeudi 12 nov

Puyloubier/ Nans-les-Pins (GR 9 )

29 km

 1516 km

 x

 Hostellerie de la Sainte-Baume

67

Vendredi 13 nov

Hostellerie de la Sainte Baume/ Cuges-les-Pins

(GR 9 et GR 98)

17 km

 1533 km

 Pierre et Claire

 Salle paroissiale

68

Samedi 14 nov

Cuges-les-Pins/Cassis (GR 98)

22 km

 1555 km

 Pierre et Claire, Aline

Hôtel 

69

Dimanche 15 nov

Cassis/ Col de Morgiou (GR 98)

21 km

 1576 km

 Pierre, Claire, Gérard, Paulette

 Auberge de jeunesse

70

Lundi 16 nov

Col de Sormiou/ Marseille vieux port (GR 98)

24 km

 1600 km

Pierre, Claire, Gérard, Paulette, Georges et Isabelle

 Jocelyne et Serge

 

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18 novembre 2015

Marseillais

JOUR 72 : mercredi 18 novembre à Marseille

Dernier jour à Marseille. Depuis hier, je me traîne un peu dans la ville,écrasée de fatigue mais contente de me donner le temps d'y atterrir. Avec mes parents, nous déambulons dans le vieux quartier du panier. Une galerie d'art attire notre attention avec une sculpture exposée à l'entrée : des visages encastrés dans un bloc porteurs d'expressions douloureuses et ceints d'un bandeau noir. Une oeuvre de l'artiste nouvellement éclairée par les événements récents. Je suis très sensible à son travail car elle semble profondément inspirée par les gens et leur visage en particulier. C'est une chance, Lisa Deck passe par la galerie, je peux la féliciter et par la même occasion souligner les liens entre son oeuvre et mon projet. Je lui montre ma galerie de portraits dont je suis si fière et lui propose même de s'en inspirer, le cas échéant ! En allant visiter son site plus tard, je m'aperçois que je ne me suis pas trompée : une de ses récentes expositions s'intitule "Frères humains"...( http://www.lisadeck.fr )

Après avoir accompagné mes parents à la gare, je redescends sur le Vieux-Port et me fais aborder par une femme d'orgine arménienne qui me demande si "je vais loin comme ça." Je lui réponds que " je REVIENS de loin" et papote avec elle quelques minutes. L'instant d'après, un homme affublé d'un gros appareil photo vient m'aborder et m'affirme que l'on s'est déjà parlé au téléphone et qu'il m'a reconnue à mon gros sac à dos vert. D'abord incrédule, mon visage s'éclaire quand je constate qu'il a raison. Je l'ai appelé il y a une quinzaine de jours alors que je cherchais à organiser un éventuel hébergement de groupe entre La Sainte Baume et Marseille. J'avais obtenu son numéro par Joëlle qui dirige le magazine STRADA en Haute-Loire ( http://www.strada-dici.com ) et qui fait souvent appel à Michel pour des dessins de presse. Je suis stupéfaite par cette énième synchronicité. Marseille n'est quand même pas une si petite ville...

Mes amis Georges et Isabelle nous rejoignent. Cette dernière est fan de polars. Or Michel, en plus d'être photographe, infographiste et dessinateur, est précisément un auteur du genre. ( pour découvrir l'auteur : http://charlesgobi.fr et le dessinateur-photographe: http://michelcharlesbook.blogspot.fr ) Je les laisse discuter de leur passion, éblouie par les connections possibles et infinies entre les gens...

Après la visite du MUCEM effectuée au pas de course, Georges, Isabelle et moi nous rendons à un cours de danse traditionnelle grecque. Mes deux amis sont baignés de culture grecque depuis plusieurs décennies. Ils parlent la langue, jouent et chantent cette musique ( http://www.panselinos.fr ) et la dansent merveilleusement. Ils organisent régulièrement des stages de découverte de cette culture au sein de leur association HIPHASTIA ( http://www.hiphaistia.com ). L'an dernier, j'avais traversé la France ( en avion cette fois-ci) pour participer à un stage animé par l'extraordinaire chanteuse et pédagogue Katerina Papadopoulou. J'avais espoir d'arriver à temps cette année pour le stage de l'automne 2015, mais mon plan de marche ayant été décalé de 15 jours, cela n'a pas été possible. Aline nous rejoint pour le cours. C'est un bonheur de la retrouver pour la quatrième fois consécutive en une poignée de jours, à chaque fois dans des circonstances différentes.

J'appelle Jocelyne et Serge, Marseillais d'adoption qui m'ont si gentiment accueillie dans leur maison avant-hier. Leur belle-fille est Grecque d'origine, peut-être serait-elle intéressée de renouer avec ses racines par la danse ? Encore une fois, je m'aperçois que j'ai ce goût et cette tendance naturelle à jeter des ponts entre les gens, à mettre en relation des personnes qui auraient des choses à se dire, à vivre ensemble.

Je suis heureuse de finir cette longue marche en dansant avec d'autres, en me laissant guider par leurs pas qui donnent rythme et cadence, par leurs bras qui soutiennent et harmonieusement me bercent. C'est bon d'être seule. C'est bon aussi d'être avec.

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17 novembre 2015

Marseillaise

JOUR 71 : mardi 17 novembre à Marseille

Avant de nous quitter, Claire, Pierre et moi avons décidé de visiter le mémorial de la Marseillaise, à quelques rues du Vieux-Port. Le musée est normalement fermé, mais le gardien a la gentillesse de l'ouvrir rien que pour nous...quatre ! Nous faisons en effet la connaissance de Julien Tardif, jeune sociologue passionné et passionnant, qui étudie les questions de lutte contre la radicalisation des jeunes via l'éducation. Il travaille en partenariat avec les pays du Maghreb et connaît bien Edgard Morin. Le sujet de l'hymne national l'occupe aussi et il nous soumet la version du "Mouvement du 11 janvier" dont il fait partie.( voir en fin de message)

La visite du musée est rapide et assez intéressante. Je dois ensuite prendre congé de mes amis Pierre et Claire qui rentrent en région parisienne. Quel chemin parcouru avec eux, que de moments forts partagés ! Dire que je ne les connaissais pas il y a deux mois...

Le lendemain, je me rends au MUCEM ( Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée) avec Georges et Isabelle. Une partie de l'exposition est consacrée à la Révolution et aux Droits de l'Homme et du Citoyen. Une oeuvre attire particulièrement mon attention. Il s'agit d'une vidéo de 4 minutes intitulée" La liberté raisonnée". "L'artiste Cristina Lucas met en évidence la fragilité de nos libertés en proposant une relecture critique de La Liberté guidant le peuple,de Delacroix." On y voit Marianne incarnant la Liberté tomber à terre, puis se faire massacrer par le peuple auprès de qui elle combattait quelques instants plus tôt. Oeuvre créée en 2009 et étrangement en résonnance avec l'actualité...

Pour ceux qui, lors des rassemblements républicains des jours à venir, auraient envie d'être en communion avec la foule rassemblée pour se recueillir sans pour autant se résigner à faire couler du " sang impur" de leur bouche, voici quelques alternatives en attendant mieux. Il est aussi toujours possible de chanter bouche fermée les paroles qui vous dérangent. Ma pétition est toujours ouverte ici qui propose de lancer un grand concours d'écriture au plan national.Goutte d'eau dans le grand incendie du monde : http://bit.ly/nouvellemarseillaise 

 

Un refrain et un couplet pour la France du XXIe siècle

************************************************************************
La Marseillaise de la paix ( Paul Robin, 1837-1912 )

De l'universelle patrie
Puisse venir le jour rêvé
De la paix, de la paix chérie
Le rameau sauveur est levé (bis)

On entendra vers les frontières
Les peuples se tendant les bras
Crier : il n'est plus de soldats !
Soyons unis, nous sommes frères.

Refrain :
Plus d'armes, citoyens !
Rompez vos bataillons !
Chantez, chantons,
Et que la paix
Féconde nos sillons !
******************************************************************
Version d' Evelaine Lochu, 2015 + dernier vers du refrain Paul Robin 

Allons enfants de la Fratrie
Le jour d'espoir est arrivé !
Refusons toute tyrannie
et défendons nos libertés
Bâtissons une justice de paix

La France est belle quand elle brille
quand elle défend les droits humains
A nous de montrer le chemin
Que les Lumières à nouveau scintillent !

Refrain :
Courage, citoyens !
Ensemble, à l'unisson,
marchons, marchons !
Et que la paix
féconde nos sillons !

*****************************************************************************
Version de Graeme Allwright et Sylvie Dien, 2005 

Pour tous les enfants de la terre
Chantons amour et liberté.
Contre toutes les haines et les guerres
L’étendard d’espoir est levé
L’étendard de justice et de paix.

Rassemblons nos forces, notre courage
Pour vaincre la misère et la peur
Que règnent au fond de nos coeurs
L’amitié, la joie et le partage.

Refrain :
La flamme qui nous éclaire,
Traverse les frontières
Partons, partons,
amis, solidaires
Marchons vers la lumière

************************************************************************
Version d' Evy Leb, 2012

Allons enfants de la patrie
le jour de gloire est arrivé
Pour que règne enfin l'harmonie
L'étendard de Paix est levé
L'étendard de Paix est levé

Dans toutes nos villes et nos campagnes
Laissons les haines et les rancoeurs 
Construisons un monde meilleur
Pour que la vie nous accompagne

Refrain :
Ensemble citoyens
Construisons la nation
Marchons, marchons,

à l'unisson

Pour notre évolution
***********************************************************************

Version de Pierre Ménager, 2007

Allons les enfants de la France,
Venez chanter la liberté
Dans le ciel couleur d'espérance
Un soleil de justice s'est levé
Le soleil de la fraternité.

C'est notre chant, c'est notre histoire
Voici venu le jour de gloire
Assez d'injustice et de peur.
Aux tyrans arracherons des pleurs.

Refrain : 
Hourra ! Voici l’espoir.
Le chant de la Victoire.
Marchons, marchons,
La liberté
Éclaire le monde entier.

 

*************************************************************************************************************

Version du Mouvement du 11 janvier (2015, d’après AM Codur, G Allwright et P Weil )

Allons Enfants venant du Monde entier
Célébrons la Fraternité !
Contre les peurs, contre les haines
L'étendard d'espoir est levé,
L'étendard de justice et de paix!
Plus de guerres, plus de sang versé
Plus un’ goutte dans nos sillons
L'amour lui seul peut abreuver
Notre Monde qui a la fièvre

Osons chanter l'amour
Osons danser la paix
Chantons, Dansons
Ce chant d'espoir
Pour toute l'humanité ! 

DSCN5375

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16 novembre 2015

Arrivée à Marseille

JOUR 70 : Lundi 16 novembre, du col de Sormiou au Vieux-Port de Marseille

Ce matin, le temps est radieux, le ciel immaculé, absolument pas entaché par la peine des hommes. C'est aujourd'hui le 70e et dernier épisode de cette longue marche entre St Malo et Marseille. Je n'ai pas accès à l'allégresse ni au sentiment gratifiant du travail accompli. Tout est recouvert par l'épaisse cendre de découragement qui s'est abattue sur moi dans la nuit du 13 au 14 novembre.

Ce sont les attentats de janvier qui m'ont mise sur la route. Ce choc terrible m'a donné l'idée puis la force de me mettre en mouvement,d'aller voir sur le terrain ce qui se passait dans la tête de mes compatriotes. J'ai décidé d'aller interroger leur rapport aux valeurs LIBERTE, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ, tant sur le plan des idées que dans leur application au quotidien. J'ai été reçue partout avec respect, ouverture d'esprit,simplicité et chaleur. J'ai été éblouie par l'hospitalité reçue, comblée par la bienveillance et la générosité de mes hôtes. Ma marche a noué entre elles une ribambelle de personnes dont les portraits me remplissent de joie. Je suis également pleine de gratitude pour la communauté de lecteurs qui m'a suivie tout au long de cette aventure et dont l'accompagnement de qualité m'a donné tant de forces.
J'arrive à destination en ce lundi 16 novembre,au terme de 1600 km de marche, 3 jours après cette nouvelle vague d'attentats qui a endeuillé notre pays. Sur le plan symbolique,c'est terrible. Ca finit comme cela a commencé, dans un bain de sang. Je dois lutter contre l'idée que cette aventure n'a servi à rien, que mon désir de partager un espoir de paix, de dialogue et de confiance en l'autre s'effrite sous le choc de l'impensable sauvagerie.
Heureusement je ne suis pas seule. Je marche avec mes parents, avec les amis Claire et Pierre, puis avec Georges et Isabelle qui me rejoignent pour les derniers kilomètres.
Et puis, il y a aussi quelques messages reçus par textos ou sur le blog : celui de Marc, de Bernard, de Pascale, de Françoise, de Christine, de Jean-Christophe, d' Alexandre, tous me réconfortent et me disent que je n'ai pas fait tout cela pour rien. J'en avais grand besoin, merci à vous tous.

Il est 17h. Nous arrivons sur le Vieux-Port de Marseille, quai de la Fraternité ( anciennement quai des Belges). Il n'y pas de comité d'accueil, puisque nous sommes tous les 7 arrivés à pied. Jocelyne et Serge, amis de Claire, nous rejoignent, et enfin Aline. Nous discutons avec Antonin, un jeune homme intrigué par notre petite troupe. On prend une photo, simplement. Ce midi, j'ai découpé avec l'aide de Claire les lettres du mot FRATERNITE dans du carton plume que Pierre est allé acheter pour moi. Le 8 septembre, j'ai planté ces dix lettres dans le sable de la plage du Sillon, à St Malo. J'avais envie de les déposer ici, sur le port, au terme de cette longue marche. Mes amis avisent un autel improvisé sous l'Ombrière, cette place dotée d'un plafond recouvert de miroirs. Quelques personnes s'y recueillent. Comme partout en France, des bougies, des fleurs, des textes pour honorer la mémoire des victimes et se tenir bien chaud.

Je dépose petit à petit à terre les lettres du mot FRATERNITE. Les gens applaudissent. Pierre commence à leur expliquer mon aventure,puis leur dit que je vais leur "montrer ce que la fraternité a dans le ventre.". Je décompose alors le mot et recompose l'anagramme NATIF TERRE. Les gens applaudissent à nouveau, visiblement touchés. Certains, très émus, viennent m'embrasser. Le moment est beau, simple, émouvant.

Quelqu'un éprouve le besoin de communier par le chant et entonne la Marseillaise. Moi aussi, j'ai envie d'être avec les gens, de faire corps avec eux dans la peine et le désarroi. Mais il m'est impossible de le faire en prononçant les paroles de Rouget de Lisle. Alors, parmi mes compatriotes chantant l'hymne national, je lis sur les lèvres de Pierre et chante avec lui sa version de la Marseillaise dont voici le refrain :

" Hourrah, voici l'espoir
Le chant de la victoire
Marchons, marchons
La liberté éclaire le monde entier ! "

Ce moment se reproduira une heure plus tard, quand la foule se sera densifiée. Parmi les quelque 2000 personnes qui chanteront avec ferveur et émotion l'hymne national, Pierre et moi reproduirons notre travail de fourmis, alignées en actes et en paroles. Nous aimons tous deux notre pays, nous sommes aussi meurtris que toutes les personnes présentes, mais notre conscience nous empêche de laisser certaines paroles s'échapper de notre bouche. On ne peut construire la paix avec les mots de la guerre et de la haine, c'est notre intime conviction et nous n'avons d'autre choix que d'être cohérents avec nous-mêmes.

Nous quittons l'Ombrière et allons nous mettre en quête d'un restaurant pour clore en intimité cette longue marche. Un immense merci à Gérard, Paulette, Claire, Pierre, Georges, Isabelle, Jocelyne, Serge et Aline d'avoir tenu à être présents avec moi pour ce moment si particulier.

Merci du cadeau de votre présence.

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15 novembre 2015

J-1

JOUR 69, dimanche 15 novembre, avant-dernier jour dans les calanques de Cassis au col de Morgiou

23h23. Epuisement. Impossible de rattraper en une soirée 8 jours de magnifiques rencontres. J'écrirai très bientôt, mais je voulais que soient nommées avant la fin du périple les belles personnes rencontrées cette semaine. Un immense merci à Jean-Michel, Bénédicte, Iwonna, Robinson, Aline, Jacques, Sabine, Olivier et Michelle qui ont illuminé cette 10e et dernière semaine de marche.

Ce soir je ne trouve pas les mots.
La fatigue, la fin imminente de cette grande traversée, mais surtout l'immense choc d'hier ont ce soir raison de moi. J'ai le cerveau aussi troué que ma chaussure gauche. Je n'ai plus de mots.
Alors je lève la tête et trouve ceux des autres, écrits sur le tableau d'expression libre de l'auberge de jeunesse qui nous accueille, moi et mes 4 compagnons du jour ( Paulette, Gérard, Claire et Pierre)

"Il n'y a pas de différence physique, que des coeurs qui battent" ( Alexis et Violette)
" Une route se trace avec les gens qui y marchent." ( proverbe chinois)
" Il n'y a pas de chemin qui mène à la Paix, car la Paix est le chemin." ( Gandhi)

Bonne nuit à tous.

 

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Plus forte que la mort

JOUR 69 : dimanche 15 novembre

Message de Pierre, qui m'a accompagnée si fidèlement tout au long de cette marche

Plus forte que la mort: la Fraternité !

Evelaine m'a demandé d'écrire quelques mots sur son blog. J'ai initialement décliné cette proposition car cet espace est entièrement le sien. Je souhaitais uniquement me mettre à son service. L'aider comme je pouvais, l'encourager....
Mais aujourd'hui chère  Evelaine, devant les récents évènements de Paris qui nous ont tant marqués car ils ponctuent ta marche en Fraternité, devant ta fatigue, devant tes larmes devant ces assassinats d'innocents... j'accepte de mettre quelques mots à côté des tiens.
La Fraternité reviendra... Chaque chose en son temps. Aujourd'hui  nous allons enterrer nos enfants morts, leur donner des sépultures dignes, verser des larmes avec leurs parents, frères, oncles, cousins, amis ... Tous devenus notre véritable famille, unie devant la monstruosité de ces crimes qui devront passer devant la justice humaine avant celle, je l'espère, d'un possible jugement invisible.
Les auteurs devront être punis à la hauteur de leur crime, de leur folie car il s'agit avant tout de cela. Je dis cela calmement, sans haine : il ne peut y avoir de justice sans amour... La punition, parfaitement ferme et claire, doit s'inscrire, en dehors de la haine.
Seul l'amour peut sauver le monde, pas la violence qui appelle la violence ( d'où mon pacifique combat contre les mots terribles de notre hymne, ravageurs de nos âmes, de ce chant de guerre qui alimente nos pulsions sanglantes et violentes depuis l'enfance...) 
La Fraternité reviendra, elle est plus forte que la mort, plus forte que les bombes.
Les meurtriers ont tué nos enfants mais ne prendront pas la lumière qui nous éclaire et nous guide, notre envie d'un projet de civilisation toujours plus haut, plus juste, plus fraternel.
Aujourd'hui chère Evelaine tu touches au but. Je sais, tous ces événements font saigner ton cœur... Bloquent tes pas. J'ai la chance d'être à tes côtés et peux mesurer toujours plus fort la pureté de tes intentions.
Ce que tu as accompli est grand et magnifique. Avec tes amis, la famille universelle des cœurs purs, nous te soutiendrons jusqu'à cette arrivée sur le vieux port. 
Vers d'autres espérances...
Pierre.

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14 novembre 2015

Bougie

Sans bougie ni fenêtre hier soir, nous avons simplement regardé le ciel s'embraser et embrasser de ses chaudes lueurs la peine des hommes.

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Baume saint

JOURS 66, 67 et 68 : jeudi 12, vendredi 13 et samedi 14 novembre, de Puyloubier à Cassis

Ce matin je quitte Sabine avec la sensation de laisser une amie, c'est doux et douloureux à la fois. J'ai une très grande journée de marche devant moi, environ 35 km pour rejoindre à pied l'hostellerie de la Sainte-Baume où je dois retrouver ce soir Pierre et Claire qui ont décidé de m'accompagner pour les 4 derniers jours de ce périple. L'étape n'en finit pas de s'étirer, et je dois me rendre à l'évidence : il va me falloir marcher deux à trois heures de nuit dans la forêt pour atteindre mon but, avec seulement 30 % de batterie restants sur mon téléphone, une autonomie incertaine de ma lampe de poche et absolument aucune route à proximité. Je décide que le jeu n'en vaut pas la chandelle et coupe à travers les chemins, tout en maugréant contre le tracé du GR qui m'a fait faire des détours inutiles et perdre un temps précieux de clarté diurne. Je me félicite de cette option raisonnable. Depuis le Ventoux, j'ai enchaîné les arrivées de nuit avec traversées de forêt, où j'ai dû me confronter de plein fouet à mes peurs, y compris celle de mourir. 

Malgré mes précautions, je me fais cependant surprendre par la nuit et me trouve incapable de quitter le sentier forestier, seulement distant de la route d'une vingtaine de mètres. J'entends des sangliers détaler tout près de moi et suis saisie de frayeur. Aux cris suraigus de" Poussez-vous les sangliers !" succède une crise de panique et de désespoir alors que je me retrouve complètement bloquée dans le taillis inextricable que j'ai enfin entrepris d'escalader pour accéder à la route. Rien n'y fait, je ne peux plus avancer, je m'encastre les membres, le corps et le visage dans les buissons touffus et n'ai d'autre choix que de rebrousser chemin, dans la nuit et le découragement le plus total. Une longue plainte animale s'échappe alors de moi, j'ai l'impression d'être une louve blessée qui hurle son désespoir. Trop de peurs contenues ces derniers jours, la bête aux abois est lâchée. Je ne sais combien de temps auront duré ces hurlements suraigus, mais cela m'a paru une éternité. Une éternité de femme sauvage. Je crois qu'à ce moment-là, ni homme ni bête n'aurait osé s'approcher de moi, tant j'étais animée d'une puissance animale énorme, l'énergie du désespoir.

Une fois sur la route, j'ai eu beaucoup de mal à me faire prendre en stop, le noir de la nuit était d'encre. Seule une femme-taxi m'a prise en pitié et amenée au prochain village, où Pierre est venu me recueillir, après avoir lui-même conduit 900 km dans la journée !

Après une bonne nuit de sommeil à l'hostellerie, nous prenons le lendemain le chemin vers la Sainte-Baume, grotte creusée à flanc de falaise où la sainte Marie-Madeleine aurait, d'après la tradition provençale, passé les dernières années de sa vie. Au premier poteau indicateur, nous avisons une chaussure de randonnée abandonnée. Incroyable, c'est un pied gauche de la même pointure que ma propre paire qui bat de l'aile! Je me dis que c'est un ultime signe d'encouragement à aller jusqu'au bout de cette marche et demande à Pierre de récupérer la chaussure en fin de journée, si elle est toujours là, pour me dépanner le cas échéant.

Arrivés sur la crête, Pierre redescend tandis que je poursuis la marche avec Claire, au milieu des chèvres semi-sauvages et au coeur d'une nature très minérale. Nous arrivons de nuit à Cuges-les-Pins où Pierre nous a déniché un abri pour la nuit. Après avoir fait la tournée des cafés, il a finalement trouvé refuge auprès du presbytère de la paroisse St Antoine. C'est Michelle qui nous accueille dans la salle paroissiale, Michelle avec deux ailes, précise-t-elle. Nous sommes immédiatement touchés par l'humanité de cette femme à la générosité angélique. Au moment de la prendre en photo, elle nous dit doucement que cet acte n'est pas anodin pour elle, pas évident à accepter. Sur le premier cliché où elle apparaît, elle a deux ans, elle est sur les marches d'une église, et sa mère vient de l'abandonner. Michelle a donc été recueillie et élévée par les prêtres de la paroisse,et leur a témoigné reconnaissance et fidélité tout au long de sa vie, même quand elle a pu retrouver la trace de sa famille biologique. Elle nous montre l'arbre qu'elle a dessiné sur le mur de sa chambre où figure chaque personne chère à son coeur.Nous sommes extrêmement touchés par sa grâce et l'amour infini qui se dégage de sa personne. 

Au coeur de la nuit, nous apprenons par facebook le drame qui vient de se produire à Paris. Le choc est terrible et nous anéantit.

Au matin, Michelle nous retrouve et nous apprend qu'elle a perdu deux membres de sa famille dans les attentats. Nos coeurs saignent, nos bouches se tarissent de mots. Pierre prend sa guitare. La musique et la poésie pour panser l'impensable...

Nous retrouvons Aline pour une journée de marche partagée et lui apprenons l'horrible tragédie qui endeuille notre pays.Je mets mon fanion en berne, grâce à un bracelet noir trouvé hier par Pierre et que j'ai récupéré en disant : " Donne toujours, ça peut servir..."

Nous sommes tous sous le choc toute la journée, tristesse et accablement nous submergent. Je suis heureuse de cheminer en compagnie de Claire et d'Aline, c'est vital de se serrer les coudes dans des moments de pareil désespoir, de s'accrocher à l'humanité de nos frères et soeurs qui n'ont pas perdu le sens sacré de la vie.

Aline et moi terminons notre marche ensemble jusqu'à Cassis. Le jour en mourant nous offre la somptuosité de sa lumière. La beauté nous console.

 

 

 

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La réponse en retour

Ce matin, Pierre a pris sa guitare et exhumé une chanson qui dormait depuis 15 ans. La voici.

La réponse en retour

La force de l'Amour
Eveillera le monde
Avant que la nuit tombe
Disparaisse le jour

La douceur de l'Amour
Inondera la terre
Lèvera les frontières
Un matin, sans retour.

Si je chante, c'est pour trouver mon chemin
Et je chante, pour toucher enfin
Cette maudite étoile
Mais je sais que toujours
Resterai ce Pierrot
Qui danse,
Et pleure devant le monde

La force de nos coeurs
Enfantera un monde
Le chant des bâtisseurs
Résistera aux bombes

La puissance et la gloire
Vivant du désespoir
Du dessous des victoires
Sera chassé de l'Histoire

Quand je chante, c'est pour les enfants de la terre
Et je chante, car demain viendra
Leur appartiendra
En mémoire à ceux-là
Ballotés dans ce train
Pour Treblinka
Ou chassés de leur terre.

La force de l'Amour
Enchantera le monde
Avant que la nuit tombe
Disparaisse le jour

Il restera toujours
Pour s'opposer aux bombes
Le chant d'une colombe
La réponse en retour (bis)

Pierre Ménager
(c) SACEM 1993

 

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Stupeur

JOUR 68: vendredi 13 novembre

La barbarie qui a frappé en France en janvier m'a mise sur la route. Avec le désir de donner de l'espoir aux gens.
La barbarie a refrappé cette nuit dans les rues de Paris. Aveugle et folle.

En deuil comme nous tous, je vais poursuivre ma marche jusqu'au quai de la fraternité.
Avec les amis qui m'accompagnent.
La haine ne vaincra pas.

" Qu'une eau très pure abreuve nos sillons."

Lumière

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12 novembre 2015

Tout tracé

JOUR 66 :jeudi 12 novembre Puyloubier/ Sainte-Baume (30 km)

Chers amis,

Je viens d'être saisie d'une grande émotion en découvrant à l'instant sur un plan de Marseille le nom de l'endroit où je comptais terminer ma marche. Je pensais donner rendez-vous à ceux qui le souhaitent lundi 16 novembre vers 16h30/17h à l'endroit où la Canebière se jette dans le Vieux-Port. Je vous laisse découvrir en image le nom du quai... Pour ceux qui ont manqué le début,je joins les photos du départ à Saint-Malo, plage du Sillon, le 8 septembre.

Quelle surprise de découvrir à H-100, le parfait point de chute ( ou plutôt d'élévation) de cette merveilleuse itinerrance ...

PS: passage de la barre des 1500 km entre Trets et Saint-Zacharie

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11 novembre 2015

11 novembre, sainte victoire ?

JOUR 65: mercredi 11 novembre

Le hasard du calendrier a voulu que je gravisse la montagne de la Sainte-Victoire le 11 novembre, journée dédiée à la commémoration de l'armistice qui a mis fin à la première guerre mondiale.

Toute la journée sur les hauteurs, j'ai été habitée par ces notions de guerre, de paix, de victoire, de défaite. Y a-t-il vraiment des gagnants quand il faut dresser le bilan d'un conflit armé, quand chacun compte ses morts et doit rebâtir sur des gravats ? Quand il faut examiner sa conscience et regarder à la loupe des actes que peut-être on regrette d'avoir commis ? Qu'est-ce qui a gagné à l'issue d'une guerre ou même d'un conflit des plus anodins, si ce n'est le goût du pouvoir ? Est-ce là ce qui élève l'Homme ? Comment peut-on valider le concept de "guerre sainte "?

Les graines de la haine et de l'intolérance sommeillent en chacun de nous, au même titre que celles de l'amour et de la bienveillance. Charge à nous de distinguer en conscience celles qu'on choisit d'arroser. C'est un combat quotidien qu'il nous est donné de mener, jusque dans les plus petites choses, dans les moindres rapports entre nous et le monde extérieur, mais aussi de nous à nous.

En ce 11 novembre, je souhaite rendre hommage à tous les artisans de paix, à tous les gardiens, aux vigilants qui avec courage, ne hurlent pas avec les loups, ni ne baissent la tête comme des moutons.
Je salue ici Pierre Ménager, Jacques Dorne et Bernard Girard, qui par leur engagement, font partie de ces veilleurs dont l'humanité a tant besoin.
Bernard vient de publier aujourd'hui sur le site mediapart un excellent article intitulé " A l'école comme ailleurs, en finir avec le sang impur qui abreuve les sillons ", dans lequel il a la gentillesse de citer la pétition et la marche dont je suis l'instigatrice. Après plus de 150 notes rédigées depuis 3 ans sur Rue 89, son blog s'est retrouvé du jour au lendemain sans aucune visibilité, suite à un "changement de ligne éditoriale". J'ai eu le privilège de rencontrer Bernard au cours de ma marche,quelque part au nord du 48e parallèle nord, un peu à l'ouest du méridien de Greenwich. Merci de soutenir son travail en allant visiter son blog à l'adresse suivante:
http://blogs.mediapart.fr/blog/b-girard/111115/lecole-comme-ailleurs-en-finir-avec-le-sang-impur-qui-abreuve-les-sillons

En ce 11 novembre 2015, je souhaite qu'un jour on remplace progressivement les traditionnels monuments aux morts par des monuments aux vivants, que les soldats en uniforme soient remplacés par des statues de personnes se serrant les coudes ou les mains. Le devoir de mémoire n'en serait pas oublié pour autant, mais le message aurait une autre teneur: "Qui que tu sois, je te suis plus proche qu'étranger."

 

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Là-haut

JOUR 65: 11 novembre, Puyloubier/ Montagne Sainte-Victoire/ Puyloubier

Midi. Je suis sur la crête de la Sainte Victoire, au-dessus d'une mer de nuages. Une petite fille passe en chantant " 1000 km à pied, ça use, ça use, 1000 km à pied, ça use les souliers !" Elle ne croit pas si bien dire...

Je n'ai aucune envie d'avancer, ni de redescendre dans l'humidité de la brume, envie de rester sur les hauteurs, de continuer à me réchauffer au soleil des rencontres. À 5 jours de l'arrivée à Marseille, il est clair que j'appréhende la fin de cette belle aventure.

Alors je dégaine la meilleure antidote à la peur, fournie ce jour par mon ami Antoine.

Vivre pleinement le cadeau du présent.

13h40: perdue dans la montagne, je tourne en rond, incapable de trouver le chemin. Interesting, isn't it ?

16h40: arrivée à la Croix de Provence après une traversée très éprouvante de la crête. La brume ne s'est pas levée et c'est tant mieux, encore trop tôt pour voir la Méditerranée...

19h: retour sur le plancher des vaches après une descente de nuit avec la joyeuse bande de Bertrand, Max, Pablo, Justine, Jérémy... et Max qui s'est encastré dans le coffre de la voiture pour me faire une petite place et me ramener à Puyloubier. Ouf, je me souviendrai de cette journée à la Croix d'éprouvance !

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10 novembre 2015

Trucs de wwoof !

JOUR 64 : Jouques/ Puyloubier, mardi 10 novembre

Le temps d'échange avec Aline et Jacques est d'une douceur de fleur d'oranger. Tous deux sont absolument adorables et passionnés par leur métier. Elle est psychologue scolaire et lui, guide au musée de Jouques. Aline me fait part de ses inquiétudes. Elle sent depuis quelques années la pression qui augmente constamment en milieu scolaire et qui débouche sur des comportements agressifs, bien loin de la sérénité qui conviendrait à un environnement à but éducatif. Ma démarche la touche beaucoup, je crois bien qu'Aline est la personne ayant exprimé le plus grand enthousiasme face à mon projet ! Jacques n'est pas en reste et apprécie le côté endurance physique de l'entreprise. Autrefois grand sportif,il a vu sa mobilité fortement réduite suite à un grave accident de travail il ya 25 ans et je constate avec peine qu'il en souffre encore beaucoup aujourd'hui. Je mesure la chance que j'ai d'être en bonne santé, trésor sur lequel je suis la majeure partie du temps assise sans en avoir conscience...La générosité de mes deux hôtes est immense, leur foyer extrêmement chaleureux et bienveillant. Aline et Jacques sont les parents de deux grands enfants. Leur fille Flore, âgée d'une vingtaine d'années, est partie depuis plusieurs mois explorer le monde par le biais du WWOOFING*( voir la fin de ce message). 

Après les avoir quittés à regret, je marche sans beaucoup d'énergie ( luttant contre la crève depuis l'ascension du Ventoux) pendant 3 heures jusqu'à Vauvenargues, au pied de la montagne Ste Victoire. Il est 13h quand j'avise un panneau sur la porte de la mairie qui indique que le chemin pédestre pour accéder au sommet est fermé depuis hier pour travaux. Un rapide calcul horaire me fait faire le choix suivant : si je ne veux pas me faire coincer par la nuit en haut de la Sainte-Victoire, je dois prendre un bus pour contourner la montagne et en faire l'ascension le lendemain par un chemin du versant sud.

Je prends donc les transports en commun pour l'unique fois de tout ce périple, un peu déçue quand même d'avoir à y recourir. Je ne me suis pas donné pour règle d'or de ne jamais monter dans un véhicule, puisque plusieurs de mes hôtes m'ont déjà fait faire plusieurs tronçons d'environ 5 km. Ma longue marche vers Marseille n'est pas une suite ininterrompue de pas, mais jusqu'à présent, j'avais accepté de monter dans leur voiture soit pour échapper aux intempéries, aux dangers d'une route ou tout simplement pour me rendre à leur domicile. Cette fois-ci, c'est pour échapper à une évidente galère en haut de la montagne. Tant pis. Le bus m'amène à Puyloubier via Aix-en-Provence. Je trouve facilement le gîte d'étape dans lequel je rencontre Olivier et Sabine. Ils ne se connaissent pas, mais ils partagent tous les deux un mode de vie nomade depuis quelques temps et ont fait eux aussi le choix du wwoofing. Je sympathise immédiatement avec Sabine. Sa grande liberté d'être me séduit infiniment. J'admire son courage d'avoir fait le choix du détachement. Elle a pour l'instant arrêté son métier de photographe, n'a pas de chez elle, ses affaires sont dans un garde-meuble, et depuis un an elle tente l'aventure du wwoofing. Je reconnais dans cette figure de femme libre une part de moi qui aspire à la même chose. C'est à la fois délicieux et douloureux d'être en résonnance avec un destin qui nous parle et dont on n'a pas fait le choix, du moins pas pour le moment. Je la quitterai elle aussi avec un pincement au coeur le surlendemain...Amie Sabine, ne nous perdons pas de vue !

Je partage avec vous ci-dessous des informations sur ce réseau d'échanges qu'est le wwoofing, ainsi que deux témoignages que j'ai demandés à Sabine et à Marc, avec qui je corresponds via le blog depuis Brioude. Merci à eux d'avoir accédé à ma demande  ! ( Leurs blogs sont visibles dans la colonne rose, rubrique liens d'amis)

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* WWOOF ou le woofing (de l'anglais « World-Wide Opportunities on Organic Farms ») est un réseau mondial de fermes bio. Créé en Angleterre en 1971, il s'est étendu dans le monde entier. Des hôtes qui se proposent d'accueillir des WWOOFers pour partager leurs connaissances, leur savoir-faire, leur quotidien et leurs activités avec la possibilité pour ces derniers de se voir offrir le gîte et le couvert. 

Les trois piliers du WWOOFing 
1/ Des valeurs morales : la confiance, la tolérance et la générosité

2/ Les échanges entre l'hôte et le WWOOFer doivent se faire dans l'exclusion de tout lien de subordination. Ils se font dans le respect des valeurs morales

3/ L'accueil gracieux, gîte et couvert offerts, n'est soumis à aucune promesse d'une quelconque contrepartie. Il n'y a qu'une seule condition, à savoir que le WWOOFer doit exprimer le souhait sincère de vouloir découvrir la vie et le travail de son hôte. Et pour cela, bien sûr, il doit être capable physiquement, mentalement et intellectuellement de suivre l'hôte dans ses tâches quotidiennes.

Site international : http://www.wwoof.net/

Site de WWOOF France : http://www.wwoof.fr/

TEMOIGNAGES d'expériences de wwoofing 

Témoignage de Sabine :

La liberté est toujours relative et a toujours des limites, on aimerait bien qu'elle soit totale, mais on ne peut même pas imaginer ce que cela impliquerait…Dans le wwoofing la liberté que je trouve est celle de pouvoir aller et venir à ma guise, sans lien, soulagée de l'intendance et de tout ce qui s'y affère, La liberté c'est d'avoir son esprit reposé et libre de vagabonder, mais on est toujours rattrapé, peut-être?, sûrement?, car la "vraie" liberté serait de vivre comme un oiseau qui ne se préoccupe pas de demain…Pour ce qui est de l'égalité et de la fraternité je ne crois pas que le wwoofing ait grand chose à voir avec ces notions, on va chez autrui pour l'aider et la plupart des hôtes sont loin de recevoir par altruisme, on reste assujetti. Un wwoofeur en chasse un autre, on passe et on nous oublie et on les oublie, car même si le "contrat" est de nous recevoir comme un "ami" ou un membre de la famille on est loin de bénéficier des mêmes avantages et de la même tolérance. Ma liberté dans le wwoofing s'est aussi d'être le spectateur de ces vies que je traverse.

Témoignage de Marc :

Les voyages sont pour moi une occasion de me ressourcer, de reprendre confiance aux hommes de cette planète. La vie bien trop rapide que nous menons actuellement, le stress au travail ou il faut toujours aller plus vite, il n'y a plus de temps pour échanger, regarder, écouter, nous ne prenons plus ce temps.J'ai commencé mes "expériences" wwoofing cette année et j'ai vraiment trouvé une "voie" de voyage et de découverte merveilleuse. Mon premier wwoofing, je l'ai passé en juin 2015 dans une petite ferme en Allemagne chez Andréa et Klaus. Une petite ferme avec une vingtaine de chèvres où j'ai dû apprendre à traire et à confectionner les différents fromages. Pour la langue j'ai eu beaucoup de chance car Andréa est professeur de français et avec Klaus les discussions étaient en anglais. Ce mois de partage a été vraiment très riche, Andréa née à l'est et Klaus à l'ouest, nous avons passé des heures et des heures à échanger sur comment chacun vivait sous ces différents régimes. Parler avec une personne qui a traversé le mur le jour de sa destruction, parler avec une personne convoquée par le parti pour discuter de ces derniers échanges avec des personnes qu'elle n'aurait pas dû côtoyer, parler de comment nos voisins vivaient hier, cela est si riche. Il est formidable d'avoir cette opportunité d'échange, tout était en live. J'entends encore parfois des personnes avec des mots si durs pour nos voisins allemands, s'il vous plait, allez vers eux, échangez avec eux, un Allemand n'est pas un "nazi" ! Merci Andréa et Klaus de vos cœurs ouverts pour moi, merci de tout ce que vous m'avez appris, merci de ce que vous avez laissé à tout jamais dans mon cœur. Ces 3 mois avec des familles différentes, des pays étrangers ( NB : Marc a eu deux autres expériences en Lituanie), des travaux différents de ceux que j'ai pu faire ici en France m'ont montré combien les hommes sont bons, combien les valeurs existent, combien lorsque nous sommes tous ensemble nous avons des forces incroyables. Quand on ouvre son cœur, les autres ouvrent le leur. Il n'y a pas d'âge, je ne me suis jamais senti retraité, je suis un homme français mais ouvert et accepté par toutes les femmes et hommes de notre planète. Je n'ai pas de recette à proposer seulement celle de ne pas juger et d'aller voir soi-même. Je voudrais associer à cela mes visites de plusieurs jours dans les grandes capitales Bruxelles, Amsterdam, Berlin, Vilnius, Riga, Varsovie et Cracovie où je suis resté quelques jours en auberge de jeunesse. Etre en dortoir avec un Japonais, un Biélorusse, une Finlandaise, une Canadienne, un Thailandais, un Australien, des Anglaises.... c'est fabuleux !

 

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