Le sillon, une marche en fraternité

31 août 2015

Genèse du projet "LE SILLON"

Photo pétition

LE SILLON, une marche en fraternité à travers la France

Aux premières heures brutales de cette année 2015, de nombreux Français sont descendus dans la rue pour "défendre leurs valeurs". Ce vaste mouvement a déclenché en moi les questionnements suivants :
-Quelles sont donc ces valeurs qui ont été bafouées ?
-S'il s'agit principalement des valeurs humanistes de la République (Liberté, Égalité, Fraternité), comment mes concitoyens peuvent-ils se reconnaître dans les paroles guerrières de notre hymne national, la Marseillaise ?

ACTE I, PRENDRE LA PAROLE
Ce contraste saisissant m'a amenée à lancer le 17 janvier la pétition "Donnons de nouvelles paroles à la Marseillaise" (http://bit.ly/nouvellemarseillaise ) qui a recueilli à ce jour 1821 signatures.

ACTE II, CHERCHER DES PAROLES
Après l'avoir remise en mains propres à l’Élysée, l'Assemblée nationale et au Ministère de l’Éducation nationale ( voir en fin de messagles réponses des deux premières instances, la troisième étant restée muette), j'ai également suggéré de recueillir des propositions de changement de paroles via la messagerie nouvellesparolesmarseillaise@yahoo.fr. 

Un grand merci aux personnes qui m'ont adressé leurs textes, je les garde précieusement.

ACTE III, CREUSER LE SILLON
Je suis persuadée que nous sommes nombreux à souhaiter vivre en paix et en bonne intelligence avec nos voisins, nos frères humains. La fraternité, si nécessaire à notre survie, est pourtant une valeur menacée dans cette époque tourmentée où la tentation du repli sur soi est forte.

J'ai donc décidé de poser un acte de confiance, de faire le pari de la fraternité. Pendant deux mois, je vais traverser la France à pied en demandant chaque soir l'hospitalité et en discutant avec mes hôtes des valeurs qui les animent.
De la Manche à la Méditerranée, je creuserai un sillon pour relier deux grands ports liés à l'histoire migratoire de notre pays, Saint-Malo et Marseille.

Si ce projet vous intéresse, je vous invite à le suivre en consultant le blog " Le sillon, une marche en fraternité" à l'adresse suivante : creuserlesillon.canalblog.com
Vous êtes les bienvenus pour échanger sur le sujet par écrit, en discutant de vive voix et/ou en marchant quelques heures avec moi sur le chemin. Pour ce faire, merci de me contacter via le blog.

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite à tous une belle route !

Fraternellement,

Evelaine Lochu

NB : Le départ est prévu début septembre, je suis sur les starting blocks et n'attend que le feu vert de ma cheville gauche. La pétition reste toujours ouverte sur le site de change.org

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Réponse du chef de cabinet du Président de la République

 Paris, le 30 mars 2015

Madame,

Le Président de la République m'a confié le soin de répondre au courrier que vous avez souhaité lui faire parvenir à la suite des tragiques événements qui ont endeuillé la France les 7,8 et 9 janvier derniers.Je puis vous assurer qu'il a été pris connaissance de votre démarche. S'agissant de notre hymne national, il est, vous le savez, né dans les circonstances de la Révolution et porte en lui le symbole de la liberté et de la lutte contre la tyrannie. Ce chant, qui fait partie d e notre patrimoine, rappelle à chaque citoyen l'Histoire de France et le combat mené au nom des valeurs qui fondent notre République.

 Je vous prie d'agréer, Madame, l'assurance de ma considération distinguée.

 Isabelle SIMA

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Réponse du chef de cabinet du Président de l'Assemblée nationale

 Paris, le 1er avril 2015

 Madame,

 Le Président de l'Assemblée nationale, Monsieur Claude Bartolone, a pris connaissance de votre courrier en date du 11 mars dernier par lequel vous lui transmettiez une pétition intitulée "Donnons de nouvelles paroles à la Marseillaise" pour le changement de ses paroles. Il l'a lu avec attention.

Il m'a chargé de vous remercier pour vos propositions, mais ne souhaite pas pour autant changer les paroles de notre hymne national. L'interprétation de "sang impur" qui est souvent entendue est en effet anachronique, aux antipodes de ce que le chant révolutionnaire souhaitait dire. Au moment où Rouget de Lisle a écrit les paroles, le "sang pur" évoque les nobles, et donc les officiers. A contrario, le sang du Tiers état était dit "impur". Les armées révolutionnaires étant essentiellement composées des membres du Tiers état, loin d'un appel à la xénophobie, il s'agit d'une défense de la patrie et de la Révolution. Ces paroles symbolisent un sacrifice : les Républicains d'alors étaient fiers de verser leur "sang impur" sur le champ d'honneur.

 Je vous prie de croire, Madame, à l'assurance de ma considération distinguée.

 Mathias Ott

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Pas de réponse du Ministère de l’Éducation nationale

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01 septembre 2015

Avant de partir

Sens

Après avoir défini peu ou prou l'itinéraire de la marche, calculé à la louche le kilométrage, découpé le trajet en étapes, vérifié le contenu du sac, l'état général de la marcheuse, apprivoisé quelques outils technologiques, il reste encore beaucoup de petits détails à régler avant de prendre la tangente, la belle grande diagonale entre St Malo et Marseille. Le vent de l'aventure commence à me chatouiller sérieusement...

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03 septembre 2015

Itinéraire et plan de marche prévisionnel

Chers amis, voici les différentes étapes de la diagonale qui reliera St Malo à Marseille. C'est un tableau prévisionnel qui devrait donner une idée assez juste du parcours, mais qui sera modulable sur le plan du découpage dans le temps. Si vous souhaitez marcher avec moi et/ou m'accueillir chez vous, n'hésitez pas à me contacter. 

Un grand merci à Jean-Marie qui a réalisé le logo de cette marche à partir de mes instructions. Le réseau d'entraide est déjà en train de se tisser...

Fanion final portrait

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07 septembre 2015

Fraternité perdue ?

Chers amis, à quelques heures du départ j'avais envie de partager avec vous l'émotion qui m'a saisie cet été en découvrant la Porte Saint-Pierre à Pontarlier. Je terminais une randonnée de 10 jours pendant laquelle j'avais mûri le projet de cette marche. Quelle ne fut pas ma stupéfaction de lire sur le fronton de ladite porte la devise républicaine...amputée de la fraternité ! ( voir photos ci-jointes). Il va sans dire que j'y ai vu un signe que mon projet avait tout son sens. Le sujet est hélas tragiquement d'actualité, comme en témoignent les flots de réfugiés qui, au péril de leur vie, espèrent trouver en terre étrangère un sort meilleur. Il est manifestement grand temps de nourrir nos besoins de fraternité, d'entraide et de solidarité.

Liberté et égalité Pontarlier

Porte St Pierre aujourd'hui

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08 septembre 2015

Le premier pas qui coûte

JOUR 1 : 8 septembre

Ce matin, au moment de franchir le seuil de ma maison, j'ai subi une forte poussée d'herpès qui a colonisé une partie de ma bouche et de mon menton. Le langage du corps est transparent. Il n'aura échappé à personne que cet herpès, ma cheville et mon genou bloqués il y a dix jours traduisent une évidence : j'ai peur de partir ! Et oui, c'est bien le premier pas qui coûte, celui qui fait sortir de chez soi, qui fait aller vers l'autre. Les peurs trouvent toujours le moyen de s'extérioriser et c'est bien ainsi. La peur est nécessaire face au danger, elle est un puissant ressort de survie. Veillons

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cependant  à la dépasser pour ne pas qu'elle nous invalide et rétrécisse nos vies. Il y a un désir caché derrière chaque peur, une pierre précieuse à dégager de sa gangue. Il nous appartient de la chercher derrière les apparences.

Me voilà donc partie ! Le temps est idyllique, mon amie Estelle est là pour accompagner mon départ, premier cadeau. Sur la plage du Sillon à St Malo, je plante les dix lettres du mot FRATERNITE. J'ai un grand plaisir à le faire, les gens s'arrêtent et font le lien entre ces mots blancs plantés face à la mer et le sort tragique des innombrables personnes ayant péri en voulant émigrer en Europe. Ca y est, le voyage commence, il prend déjà tout son sens.

Je pars le coeur léger, la première personne qui me parle au bout de quelques mètres est une femme d'une soixantaine d'années qui vient de prendre un bain de mer. Cette femme vient naturellement à moi, presque nue. J'y vois un signe de bon augure. En étant dépouillé face à l'autre, la rencontre se fait peut-être plus facilement. C'est le sens de cette marche et la raison pour laquelle je vais demander l'hospitalité.

Le trajet se déroule harmonieusement, je parcours 28 km de bitume sans difficulté et sous un ciel clément. 

Emotion en découvrant la silhouette du Mont Saint-Michel dans le lointain...

Quelques rencontres déjà chaleureuses : un monsieur qui m'accoste et me raconte que depuis des années, il recueille des chiens maltraités, cabossés par la vie. Bernadette et Pascal avec qui je marche un peu. Ils sont sensibles à ma démarche mais se posent avec honnêteté la question : " Et nous, serions-nous capables d'accueillir un parfait inconnu sous notre toit ? Pour vivre heureux, ne dit-on pas qu'il faut vivre caché ?"

18h, l'heure critique où il est temps de se poser la question où dormir. J'arrive au Mont-Dol et avise une maison devant laquelle est garé un camion d'artisan avec l'inscription "Bien au chaud". Je ne peux qu'y voir une invitation à entrer, hélas, personne n'est encore arrivé. Je me décide à escalader la montagne ( 65 m de haut, pouf pouf), ce qui me vaut une vue magnifique sur la baie...et des douleurs aigues aux genoux. Arrivée au village, je demande aux commerçants s'ils ont une idée de qui pourrait m'héberger.L'adorable dame qui tient le café m'offre un verre ( "puisque je ne peux pas vous accueillir chez moi ") et m'assure que je trouverai mon bonheur au...gîte du Sillon (!). L'affaire ne se fait pas, la personne étant finalement en déplacement.

Une heure et quart après mon arrivée dans le village, je trouve enfin le courage de demander sans ambiguité l'hospitalité à Renée et Lucien, charmant couple de retraités. Ils n'ont jamais fait cela, mais pourquoi pas. Je leur sais gré d'être les premiers, d'avoir cette générosité rendue plus spéciale encore car c'est une première. Nous discutons des valeurs liberté et égalité. René est extrêmement sensible sur le sujet des inégalités entre les travailleurs des secteurs public et privé. " Si j'avais su que vous étiez instit', je n'aurais pas pu vous accueillir !". Je le comprends. Les inégalités sont des poisons et dressent des barrières entre les gens. Le sentiment d'injustice est peut-être une des choses les plus ancrées en nous et déclenchent des sentiments exacerbés. 

Je prends congé au matin, n'osant pas demander à mes hôtes de les prendre en photo. Ultime pudeur alors qu'ils m'ont ouvert leur porte, leur table et... leur salle de bains ! Je garderai en mémoire le bon sourire de Renée et les moustaches frémissantes de Lucien.

Aujourd'hui, en ce premier jour de marche, les mots d'Andrée Chédid se sont imposés à moi, ils seront mon talisman sur la route : 

"Qui que tu sois, je te suis plus proche qu'étranger."

Belle route à tous ceux qui marchent dans leur tête !

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09 septembre 2015

La Voie de la Liberté

JOUR 2 : 9 septembre

Marcher sur la Voie de la Liberté peut s'avérer pénible et dangereux. Sur le plan physique, les voitures nous frôlent de bien près. Sur les plans psychologique et philosophique, il n’est pas toujours aisé de l’apprivoiser. Liberté de pensée, liberté de parole, liberté de ton, liberté de dire non, liberté de contester, liberté de s’interroger, liberté de douter, liberté de prendre un risque et de se tromper. Tous ces espaces de liberté font notre humanité.

Aujourd'hui, j’ai beaucoup interrogé la liberté que je me suis donnée de relayer la parole de mes hôtes. Dans quelle mesure puis-je citer les paroles de quelqu’un recueillies dans l’intimité de la rencontre, à la naissance de la confiance et dans une mutuelle bienveillance, sans pour cela risquer de trahir cette confiance ? Comment créer un espace de liberté entre des inconnus qui se rencontrent si on sait que le lendemain, une trace d’un échange privé sera laissée dans un espace public ? Aujourd’hui, il y a eu collision entre une envie de partager le sel de la rencontre avec les lecteurs, et une envie de protéger mes hôtes. Ce qui m’amène à établir un début de code de déontologie en tant que glotte-trotteuse : toujours présenter le projet clairement, demander explicitement l’autorisation de publier les photos et les commentaires des personnes qui m’accueillent, montrer le blog sur leur ordinateur quand c'est possible
et laisser mon numéro de téléphone à mes hôtes. Ce code s’affinera certainement au fil des jours.

Cette deuxième journée de marche a été colorée par cette interrogation, mais aussi par de très belles rencontres.

A la sortie de Dol-de-Bretagne, magnifique petite cité au charme fou, j'ai été accostée par Jean-Claude qui se désolait de ne pouvoir partager un bout de route avec moi. Cardiaque, il a marché de Dol à St Jacques de Compostelle pour prouver à sa famille que des problèmes de coeur n'empêchent pas de vivre en grand.

Après un déjeuner au restau routier de Baguer-Pican, j'avise deux panneaux intrigants : LOUP PENDU et quelques mètres plus loin BREBIS ROUGE. Intriguée, j'engage la conversation avec une dame qui est sur le pas de sa porte et m’invite bientôt à entrer. Je passe alors un moment délicieux avec Martine et son mari Patrick qui me racontent des bribes de leur vie depuis qu’ils sont arrivés à Baguer-Pican. Ils sont des « revenus », des gens du coin partis faire leur vie ailleurs et revenus au pays à la retraite. Patrick souligne la difficulté de s’intégrer auprès d’une partie de la population implantée sur ce terroir depuis... avant la Révolution !

Nous rions beaucoup à l’évocation d’un projet farfelu visant à favoriser le câblage internet dans la baie du Mont Saint Michel en équipant les moutons de colliers émetteurs wifi. Il y aurait même des bières avec des étiquettes à l’effigie des ovins et porteuses du slogan « Moi, câblé, jamais ! »

Je repars le cœur léger et termine mon étape du jour à Pleine-Fougères. Au bar du village, André et Claudie me proposent spontanément de m’héberger. Ouf, quel soulagement !

Après une bonne douche relaxante, je partage un repas franchement carné avec mes deux convives, un couple délicieux marié depuis 51 ans. Le mot LIBERTE résonne fortement pour Claudie. Pour elle, cela signifie «  pouvoir faire ce qu’on veut, quand on le veut et sans avoir à rendre de comptes ». André rétorque : « LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE, ça ne me parle pas parce qu’il n’y en a jamais eu. » Notre échange est fourni, gai et plein d’humour.

Je suis enchantée de ces deux premières journées. La marche en fraternité est bel et bien lancée.

NB : Pour en savoir plus sur la Voie de la Liberté : http://www.ille-et-vilaine.fr/fr/actualite/l-ille-et-vilaine-restaure-voie-liberte

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10 septembre 2015

De la connexion

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JOUR 3 : jeudi 10 septembre

Le temps est radieux, beaucoup plus que ma météo intérieure ennuagée par des considérations déontologiques. Je me réjouissais de quitter enfin le bitume pour les sentiers de grande randonnée, mais le premier qui me tombe sous le pied n'est manifestement plus foulé que par quelques rares passants étrangers à la bipédie. J'ai du mal à trouver les balises effacées par le temps et les éléments. Tiens, je me souviens avoir entendu hier au bar : " Il ne pleut jamais en Bretagne, il tombe de l'eau ! " La nuance me fait sourire malgré les flic floc de mes chaussures détrempées par la rosée. Arrivée au bourg de Sougéal, je trouve refuge dans la boulangerie d'Isabelle qui me reçoit tel un soleil zénithal. Je me recharge de ses rayons, pleins phares bienveillants et soutenants. La petite boulangère m'invite à rester déjeuner avec elle, invitation que je décline car je ne suis qu'au début de ma journée de marche. Je regrette aussitôt tant je sentais que cette rencontre aurait été nourrissante, ce qui fut confirmé par les merveilleux mots d'encouragement reçus quelques heures plus tard sur mon blog. Qu'est-ce qui fait qu'on se rencontre ? Un cheveu, un souffle, un éclat dans l'oeil, un mot qui fait mouche, un talon cassé, un rire bizarre... On se frôle en permanence, des millions de fois par jour le miracle de la rencontre pourrait s'accomplir. De cette infinité-là, nous n'avons pas conscience et n'en saisirons qu'une tête d'épingle. Précieuse connexion entre les êtres, Graal fragile ballotté par les grands remous d'insignifiance qui nous font oublier l'essentiel : moi humain, toi humain.

En quittant Sougéal, je remarque une affiche à la mairie portant mention "MA COMMUNE EST UTILE". Cet été aussi dans le Doubs, j'avais été surprise par les nombreux panneaux barrés d'un trait noir à l'entrée des villages. Ces actions visent à protester contre le projet de supprimer de nombreuses petites communes en France au profit de regroupements de communautés de communes. Les économies budgétaires avancées comme argument ne parlent pas au coeur des gens qui sont attachés à la vie locale et au service de proximité. Comment ne pas comprendre cela ? Il y a tant de villages qui meurent à petit feu !

Je quitte le bourg et déjeune aux abords du cimetière, lieu fort prisé des randonneurs assoiffés ou empoissés. Au menu, SPICH, CLOTACHO PINAU et LIGERS EFROUSSES. Les sweet teeth parmi vous n'auront aucun mal à reconnaître l'hérésie alimentaire et me pardonneront mes péchés.

La journée s'écoule, un peu monotone sur la fin puisque j'emprunte pendant de longs kilomètres une ancienne voie ferrée qui doit me mener à mon lieu d'étape, St Brice en Coglès. Un peu inquiète de l'heure avancée (20h), j'apostrophe un groupe de joggueurs pour leur demander conseil. L'un d'eux se propose de m'accueillir pour la nuit. Nous nous donnons rendez-vous une heure plus tard devant la piscine du village.

La maison d'Eric est grande, il a quatre enfants mais aucun d'eux n'est présent ce soir. Sa chienne Kiwi

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recherche la caresse,comme le faisait autrefois mon ours en peluche dont elle a la même fourrure élimée. Eric m'offre une galette complète préparée avec beaucoup de gentillesse et de simplicité. Nous évoquons la question de la liberté, notamment dans le couple. Certains trouvent leur liberté dans une relative autonomie quand d'autres voient la leur rognée par celle de leur partenaire.  Pour s'accorder et avoir une chance de traverser le temps, cette question me paraît être la clef de voûte de la belle maison du COUPLE.

La journée s'achève, il faut dormir, réveil à 6h30 !

 

 

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11 septembre 2015

Poésie des petites choses

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JOUR 4 : vendredi 11 septembre

Au rythme des pas, à hauteur de semelle, la grâce et la poésie des petites choses nous sautent plus aisément à l'oeil et à l'oreille. Une feuille virevoltante se révèle mini-grenouille à qui je dédie un vers improvisé ( dommage que je puisse pas partager la vidéo que j'ai prise au ras du trottoir et où on la voit se pelotonner d'aise sur sa branche). Un ver vert tout emmaillotté de sa nudité se contorsionne courageusement pour traverser la route. Un minuscule nuage tire à lui la couverture d'azur. Deux panneaux côte à côte entrent en collision et ce faisant, provoquent rires et perplexité. L'écriteau MA CAMPAGNE planté devant une pelouse rasée de près me laisse songeuse et un peu triste. Une vieille dame passe à vélo, les mains gantées dans des chaussettes de sport. Deux énormes lièvres en détalant font bruisser toute la forêt

Ces petites choses sont légion.Trésor de celui qui passe en prenant son temps.

La poésie est partout et n'attend que nous. Ouvrons l'oeil !

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12 septembre 2015

De la navigation

JOUR 5 : samedi 12 septembre

Réveil sous le crépitement de la pluie qui tambourine sur le toit de la caravane. J'ai dormi chez ma soeur Géraldine qui s'apprête à marcher une étape avec moi. Le petit-déjeuner en famille est très animé. Je pose sur la table la besace où sont écrits les mots LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE. Violette reconnaît dans la silhouette de Marianne la "dame de la Révolution." J'invite chacun à s'exprimer sur un des mots qui résonne pour lui. Maya ( 6 ans) : "Ca me rappelle quand Maman chantait Egalité, FRANCERNITE pour les Kosovos parce qu'ils arrivaient pas à avoir leur ticket pour avoir un travail. On les a aidés et ils ont réussi." Maya a tout compris. Elle a compris que les valeurs républicaines sont les piliers du foyer où elle grandit. Preuve en est l'engagement de ses parents dans la Cité, que ce soit en tant que conseiller municipal, délégués de parents, membres d'associations ou voisins généreux et disponibles. Géraldine fait partie de RESF ( Réseau d'Education Sans Frontière) et témoigne du sens de la fraternité qui anime les membres de l'association : " Les militants donnent de leur temps sans compter pour venir en aide aux migrants qui se réfugient en France. Sans les connaître, tout simplement parce que le choix qu'ils ont fait de quitter leurs patrie, leurs proches, prouve à lui seul qu'il leur était impossible de rester.C'est la chance qui fait qu'on n'a pas besoin de fuir, pas un quelconque mérite. Chacun a le droit de s'installer là où il se sent bien et en sécurité." 

Le mot LIBERTE résonne particulièrement aux oreilles de Tom et Robin. Adolescents conscients de la chance qu'ils ont d'avoir des parents aussi ouverts, ils n'en éprouvent pas moins le désir d'être plus libres, que ce soit pour passer plus de temps sur l'ordinateur ou aller courir sous la pluie ! L'adolescence est un temps privilégié où l'on questionne justement les cadres éducatifs et par conséquent les valeurs qui les sous-tendent. Si inconfortable qu'elle soit pour tout le monde, cette phase est absolument nécessaire et permet de soulever des questions de fond.

Jean-Luc réagit aussi au mot LIBERTE et se souvient : " Nous avons accueilli à la maison deux enfants biélorusses qui subissent la radioactivité de Tchernobyl, parce que certaines personnes choisissent une énergie au nom de la liberté d'entreprendre, sans tenir compte des habitants des autres pays, comme si les frontières étaient des barrières infranchissables.La liberté des uns s'arrête (ou est limitée) là où commence celle des autres."

Nous prenons enfin la route pour rejoindre le lieu où j'ai arrêté ma marche la veille. Je me rends compte que mon bâton de marche est dans l'autre voiture, alors que Jean-Luc est parti pour quelques heures et qu'il fait partie des derniers Mohicans qui n'ont pas de portable. S'ensuit alors une série de coups de fil pour organiser la récupération de mon bâton à Laval où je passerai dans quelques jours. Je choisis de demander à la librairie jeunesse M'LIRE de bien vouloir garder en pension le bâton que déposera bientôt mon beau-frère qui sera averti par l'orthodontiste de son fils de la mission à accomplir. Je parlerai une autre fois de ma troisième jambe, quand je l'aurai récupérée.

12h30, nous nous mettons enfin en marche ! Le temps n'est plus à la pluie, nous partons guillerettes et enchantées de nous retrouver ensemble sur un chemin de grande randonnée (GR). Nous navigons à l'aide d'une photocopie de carte au 1/100 000 ( 1cm= 1km) qui n'est pas très précise mais sur laquelle j'ai reporté le tracé du GR 34. J'ai également téléchargé dans mon smartphone l'application IPHIGENIE qui pour une somme très modique permet d'obtenir des cartes à différentes échelles et de s'y repérer grâce à la géolocalisation par GPS. Cerise sur le gâteau, les tracés des GR y figurent aussi ! Ce double outil s'avère bientôt utile, car nous nous apercevons qu'en suivant les balises ( un trait rouge et un trait blanc parallèles tracés sur les troncs d'arbre, les murs, les poteaux,..) notre itinéraire ne coïncide pas avec celui tracé sur ma carte. Nous comprenons que celui-ci a changé, que pour une raison qui nous échappe encore le nouveau GR passe beaucoup plus à l'est que l'ancien.

Vu l'heure tardive, nous optons pour l'ancien qui nous éloigne moins de l'endroit où Géraldine récupérera sa voiture. Cette option est beaucoup moins confortable, car elle nous oblige à mobiliser nos compétences de navigatrices, qui ne sont pas les plus évidentes de nos qualités. Nous devons donc compenser en demandant  confirmation aux quelques autochtones rencontrés sur la route. La navigation est encore compliquée par quelques doublons toponymiques de mauvais aloi (voir la carte).

Nous arrivons devant une maison où est planté l'écriteau : PROPRIETE PRIVEE, défense d'entrer. Nous comprenons alors que l'itinéraire du chemin a changé à cause de cela, du transfert de propriété communale à la propriété privée, ce qui nous est confirmé plus tard par un paysan. L'heure tourne et il faut avancer, trop tard pour faire demi-tour. Nous hélons le PROPRIETAIRE pour l'implorer d'un exceptionnel droit de passage. Il a la bonne idée d'être absent. Nous décidons de nous passer de son droit de passage, avec une excitation aventureuse mêlée de la crainte d'être découvertes. Une croix est plantée dans son jardin. Est-ce pour ne pas risquer de troubler le repos du gisant qu'il barre le chemin ? Nous nous engageons dans des champs de maïs, chuchotons en plein champ pour ne pas nous faire repérer, roulons sous les barbelés pour retrouver enfin le chemin autorisé. Ah les précautions de contrebandiers quand il ferait si bon de pouvoir circuler librement dans la nature !

Cette excellente journée s'achève à Dompierre du Chemin où Dominique vient me chercher pour m'emmener passer la nuit chez elle. 

Je suis enchantée de cette première

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13 septembre 2015

Portes ouvertes

JOUR 6 : dimanche 13 septembre

Ce matin, je me suis réveillée après une nuit bien reposante facilitée par le délicieux bain moussant de la veille. Dominique est mon amie chef de choeur et dirige l'excellent ensemble vocal Les Accords à Rennes ( www.lesaccords.com ) .Quand elle m'a fait part de son désir de marcher avec moi, c'est tout naturellement que j'ai accepté son invitation à dormir chez elle à ...1,5 km de mon domicile. C'était un peu bizarre au début d'être hébergée si près de chez moi, mais j'ai surtout été très étonnée de me sentir étrangère dans ma propre maison quand j'y suis passée un peu plus tard pour changer de chaussures de marche. Je suis dans mon projet et donc dans une certaine posture, ce qui crée ce petit décalage un tantinet étrange.

Au petit-déjeuner, alors que nous évoquions la valeur fraternité, Dominique me parle d'un de ses amis qui laisse toujours les portes de sa maison ouvertes, voire grand ouvertes. Cette façon de faire est tellement opposée à la peur très généralement partagée de se faire cambrioler qu'elle nous paraît remarquable. Elle témoigne d'une confiance certaine dans les gens, de l'absence de peur vis à vis de cet autre qui n'est a priori pas à craindre. Je mentionne un ami qui me disait qu'il préférait prendre le risque de se faire voler quelques objets plutôt que celui de vivre tout le temps dans la peur. 

Cet abandon à la confiance, cette ouverture d'esprit nous émerveillent et nous confrontent tout à la fois à nos propres limites.

Nous nous interrogeons encore : être fraternel signifie-t-il pouvoir être en relation avec tout le monde, même les personnes envers qui on a...comment dire... peu d'élan ? Comment, quand on a cette valeur fortement ancrée dans le coeur, savoir mettre des limites et ne pas se faire manger par des comportements abusifs, voire intrusifs de la part d'autrui ? 

Le départ de notre marche a lieu dans la forêt, dans un endroit nommé Le Saut-Roland. La légende met en garde contre les dangers de l'amour terrestre qui peut conduire à la mort, quand l'amour divin protège le fidèle ( voir photo ). La morale de cette légende chemine à nos côtés quelques instants...

Dans la forêt,les traces du passage d'une âme poète -et certainement enamourée- enchantent les nôtres.

Après avoir déjeuné sur le bord de la route, Dominique rebrousse chemin pour rejoindre sa voiture, petit chaperon dont le rouge est rehaussé par la verte campagne. Je suis heureuse d'avoir partagé ces moments avec elle.

Quelques minutes plus tard, je rencontre un joyeux groupe de marcheurs qui projettent de faire le tour de la Bretagne par tronçons sur le GR 34. Le groupe s'est constitué via le site OVS ( On va sortir) qui met en relation des personnes souhaitant partager des choses à vivre ensemble et éventuellement se faire des amis. Un réseau de fraternité en quelque sorte.

Je termine ma marche en croisant un vestige du temps passé, une cabine téléphonique en passe d'être mangée par la végétation. O surprise, elle fonctionnne encore...

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14 septembre 2015

Nomades du dialogue

JOUR 7 : lundi 14 septembre

Je suis arrivée hier soir chez ma soeur Pauline et son mari Samuel. Au dîner, nous avons évoqué la belle expérience que Pauline avait faite dans sa jeunesse avec l'association TRANS EURO STOP. Cette association a été créée en Mayenne en 1985 et permet à des jeunes de partir en stop pendant un mois à la découverte de pays européens. Les jeunes partent en binôme et se retrouvent en grand groupe à des étapes pour échanger sur leur expérience, changer de partenaire de stop et...faire la fête ! Je n'ai jamais entendu parler d'une autre association proposant le même principe, peut-être est-elle unique en France. J'avais 15 ans quand elle s'est créée, j'en ai rêvé de nombreuses années mais n'ai jamais transformé l'essai, ce qui m'a valu quelques regrets. Voici le lien vers un blog qui présente bien le projet ( http://www.globestoppeuse.com/trans-euro-stop-voyages-en-auto-stop-depuis-30-ans ) et une adresse mail pour les contacter ( transeurostop@yahoo.fr )

Je ne peux m'empêcher de faire le parallèle entre le stop et la marche que j'ai entreprise. Faire du stop revient à demander l'hospitalité à des inconnus, même si c'est dans l'habitacle d'un véhicule et seulement pour quelques minutes ou quelques heures. Le stop est basé sur la confiance mutuelle, je confie ma sécurité à quelqu'un dont j'ignore la conduite, les deux parties ignorent également la stabilité psychologique de l'autre. Pendant ce temps de relative intimité, la parole circule, parfois on parvient à un niveau d'échange assez intime, par la grâce du lien entre inconnus qui ne se reverront jamais. J'ai pu constater au fil des années que la concurrence sur le bord des routes était de moins en moins rude. Est-ce à mettre au compte d'un besoin de confort des jeunes et d'une défiance accrue des conducteurs ?

Je reprends la route vers 14h pour une courte étape de 18 km qui me fait quitter l'Ille-et-Vilaine et arriver en Mayenne, ma terre d'origine. J'en suis heureuse. Après avoir ignoré pendant les années post-adolescence les charmes de mon département de naissance, j'y retourne à présent avec plaisir et je sais en savourer le calme et la beauté. 

Je fais étape à Port-Brillet chez Pierre et Madeleine, les parents de mon beau-frère Jean-Luc. Il me tenait à coeur de passer chez eux, tant ce couple extraordinaire représente pour moi la valeur FRATERNITE. C'est l'engagement de toute une vie, la posture qui les a fait se rencontrer il y a plus de cinquante ans en Algérie. 

1963. Pierre, qui a combattu pendant la guerre d'Algérie dans l'armée française, décide d'y retourner un an après la fin de la guerre pour aider les Algériens à reconstruire leur pays meurtri. Jeune paysan, il les aide à s'organiser pour monter des projets collectifs en agriculture et devenir ensuite autonomes. 

Madeleine, tout juste diplômée, décide de donner deux ans de sa vie à un pays d'Afrique. " Si tu veux aider, va en Algérie". Soit, elle y enseignera à des jeunes femmes l'économie familiale, la couture, le français et ne manquera pas une occasion de les guider vers plus d'autonomie, leur parlant contraception, émancipation...

Pierre et Madeleine sont chrétiens, il font partie de la JAC ( Jeunesse Agricole Chrétienne) dont la devise est VOIR, JUGER ( au sens d'estimer), AGIR. Ils croient à l'action et toute leur vie est une oeuvre d'engagement au service des autres.

Leur foi est un guide qui les ouvre à leurs prochains, ce qui devrait être le but de toute religion. Cruel et insupportable paradoxe que ce mot "religion" qui signifie "relier" et au nom duquel une grande partie de l'humanité se déchire dans une lutte fratricide !

Pierre raconte que la religion chrétienne était déjà importante dans sa jeunesse, mais que c'est la confrontation avec celle du voisin, l'islam, qui l'a éveillé à la spiritualité. Il a pu faire des ponts entre les fondamentaux des deux religions et surtout, été profondément marqué par le fait d'être accueilli si fraternellement très peu de temps après la guerre par les Algériens, par le fait de vivre à leurs côtés, de côtoyer une autre façon d'être et de penser.

Ce dialogue interreligieux leur tenant à coeur, Pierre et Madeleine ont participé il y a quelques années à un voyage en Israël-Palestine avec deux cents pèlerins issus des trois grandes religions monothéistes, ainsi que des gens sans attache religieuse. Ce projet intitulé "LA PAIX, NOM DE DIEU"  était rythmé par des rencontres avec les gens des deux côtés, israélien et palestininen ( ils ont même pu rencontrer Yasser Arafat), des prières interreligieuses et des temps de partage. Je cite Michel Cool, l'un de leurs guides français : " Nous ne sommes que de pauvres nomades du dialogue, enferrés dans nos préjugés, nos ignorances et nos peurs de l'autre.(...) Le message de notre fratrie vaut aussi dans notre pays confronté à un regain inquiétant de violences racistes et antisémites incompatibles avec les valeurs démocratiques et laïques de notre République. Nomades du dialogue, citoyens de la paix, votre route est longue ! "

Paroles ô combien d'actualité !

Oui, la route est longue, mais elle EST.

 

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15 septembre 2015

Mystères urbains

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JOUR 8 : mardi 15 septembre

En guise de trou normand entre deux longs messages, laissez-moi vous offrir quelques-unes des petites merveilles qui ont jalonné mon parcours dans les rues de Laval et qui m'ont valu de pousser des oh et des ah de surprise et de joie.

En faisant le tour de l'église St Vénérand, j'ai pu comprendre le sens de l'écriteau placé à l'entrée. L'orgue n'est rien moins que fidèle à la voix de son maître...

J'ai poussé un soupir de soulagement en constatant que les deux panneaux parallèles indiquaient in fine deux directions différentes. 

J'ai appris que le paradis était protégé par des grilles ( yark ! ) qu'il n'était ouvert qu'aux personnes de petite taille ( yes !), qu'il était interdit aux marcheurs ( pauvre de moi ! ) et de surcroît réservé à une élite ( pfffff !) Bref, m'est avis que j'irai rôtir ailleurs...

 

J'ai imaginé les étages horizontaux de l'immeuble au numéro 23.

Je suis restée baba devant la caverne d'Ali Blondel...

J'ai applaudi l'audace du coiffeur aux affinités amérindiennes et aux apostrophes sauvages et me suis rappelé l'autre enseigne aperçue plus tôt : L' HOMME et GARS C'est précisément dans ce salon de coiffure pour hommes que j'ai pendant de (trop) longues années été gratifiée d'une coupe au bol peu adaptée à ma morphologie faciale.

Je pense que la dernière année d'études de coiffure doit comporter une option création littéraire au vu des enseignes les plus invraisemblables que l'on peut croiser partout en France. Allez hop, je lance un concours d'écriture sauvage à alimenter ci-dessous.

Voici ma contribution : TETE en l'HAIR. A vos plumes d'IROCOI'F, chers amis !

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16 septembre 2015

Lavallois fort rêveurs

JOUR 9 : mercredi 16 septembre

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LAVAL, ma ville !

J'ai vécu aujourd'hui une journée extraordinaire ponctuée de rencontres avec des Lavallois merveilleux.

Blandine et Jean, les parents de mon ami Manuel, sont les hôtes qui m'ont hébergée hier soir. Tous deux sont anciens instituteurs et dotés d'un sens de l'humour fort réjouissant.

Nous discutons des valeurs de la République. Jean remarque que beaucoup de gens "placent leur liberté dans des queues de cerises", dans des petites choses alors que pour lui la notion de liberté est quelque chose de plus difficile à définir car très variable selon chacun, relevant presque de l' intime. L'égalité ? Une utopie ! Je renchéris en évoquant le système scolaire français qui, aux dires même de certains qui l'encadrent, renforcent les inégalités entre les enfants. Ce triste et alarmant constat me met depuis vingt ans en porte-à-faux avec la grande maison Education Nationale. Je suis navrée de notre impuissance institutionnelle et il faut une sacrée dose d'énergie et de foi pour toujours sur le métier, remettre notre ouvrage...

Le mot égalité ( ou plutôt son contraire) évoque pour Blandine les castes qui structurent la société indienne. Elle souligne que nous avons nous aussi des catégories de population qui ne se mélangent pas et que la notion de " mésalliance" est toujours d'actualité, même au XXIe siècle. Au retour de mon premier voyage en Inde en l'an 2000, je me souviens avoir été frappée par la similitude entre nos deux sociétés en apparence très différentes mais pourtant régentées d'un côté par les castes, et de l'autre par les CASP ( CAtégories Socio-Professionnelles)

"Au final, il n'y a que sur la fraternité qu'on peut vraiment agir ", conclut Jean.

Sans transition, il me parle d' AAA 53, son association visant à promouvoir l'art d'aujourd'hui en Mayenne. ( voir le lien vers le site internet). L'association organise entre autres des expositions d'artistes mayennais et européens ( allemands, polonais, espagnols) et dispose d'une artothèque riche de 400 oeuvres visibles sur catalogue. Quatre fois par an, deux samedis consécutifs sont consacrés à l'échange des oeuvres empruntées ( contre un modique coût de location et un chèque de caution ). L'art contemporain est ainsi mis à la portée de tous, il s'invite chez ceux qui n'auraient pas les moyens d'acquérir les oeuvres. De plus, celles-ci en circulant acquièrent une nouvelle jeunesse et continuent à nourrir ceux qui les contemplent d'un oeil frais. Tout autant et peut-être même plus que l'artiste, n'est-ce pas celui qui regarde qui crée l'oeuvre d'art ?

Rendez-vous donc les 19 et 26 septembre à la maison rigolote au 58 ter, rue du hameau à Laval!

En parcourant les rues de la ville, j'ai reconnu le sourire d'une boulangère à qui j'avais acheté un pain au chocolat il y a quelques années et dont le visage ouvert, lumineux et fleurant bon la gentillesse m'avait marqué . J'ai rebroussé chemin pour lui dire que je n'avais pas oublié son sourire, d'autant que les commerçants avec le sens de l'accueil et du service ne se trouvent pas sous le sabot d'un cheval, fut-il mayennais. ( Pour les non-initiés, la Mayenne est réputée pour l'élevage des canassons)

Un peu plus tard, je suis allée rendre hommage aux couturières de l'atelier PETITES MAINS et CIE. Cette association mayennaise a pour vocation de permettre à des personnes sans emploi de reprendre une activité professionnelle au sein d'un atelier de création et de confection d'objets textiles. (voir le lien vers le site internet )

C'est précisément là que j'ai acheté il y a quelques mois le vide-poches frappé de la devise républicaine qui me sert à lancer le débat à la table de mes hôtes. Je suis ravie que cet objet issu d'un mouvement solidaire serve une cause fraternelle. L'atelier-boutique fourmille d'objets charmants coupés avec goût dans de beaux tissus.Nous parlons de l'emploi qui se raréfie, de la nécessité d'un élan créateur dans ce secteur et de la satisfaction qu'il y a à créer du beau.

Avant de quitter le centre-ville, je me rends à la librairie M'Lire où m'attend sagement ma troisième jambe. D'aucuns pourraient s'étonner de mon attachement à un simple bout de bois...Seulement celui-ci a une histoire. Je l'ai trouvé en 2009 au Ladakh, en Inde, à 4000 mètres d'altitude. Une gardienne de chèvres s'en était servi pour houspiller ses bêtes à la tombée du jour et l'avait jeté. Le lendemain, le bâton était toujours là, je l'ai donc ramassé puis adopté comme compagnon de marche. J'y tiens énormément et y ai même gravé mon numéro de téléphone, en cas de perte.

Il sera aussi de ce voyage-là, de cette grande aventure qui me fait chaque jour gravir des sommets pour savourer de magnifiques panoramas de gentillesse et d'hospitalité.

L' Himalaya près de chez vous...

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17 septembre 2015

Canassong

JOUR 10 : jeudi 17 septembre

1,2,3,nous irons au bois

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Sabine

Solene et son petit protégé

avec Isabelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aujourd'hui est un jour spécial : je vais partir marcher au pas des chevaux. Mes hôtes, Antoine et Sabine, sont les heureux propriétaires du BOIS, un magnifique parc d'activités autour de la nature.( http://www.lebois-mayenne.fr ). Parcours dans les arbres, balades à poneys ou en barques, cabanes, le lieu est splendide. J'ai eu la chance d'y fêter mes 40 ans lors d'une fête surprise orchestrée par ma famille pour m'aider à passer ce cap délicat.

Au Bois, le cheval tient une place prépondérante, c'est la passion des femmes de la maison.

La vingtaine de chevaux qui vivent là sont des irish cobs, une race " au sang froid", des chevaux de traits placides, tranquilles. Il le faut car depuis quelques années, le centre accueille presque quotidiennement des personnes handicapées. La relation aux chevaux leur permet de s'épanouir et de tisser du lien différemment avec d'autres êtres vivants. Les progrès réalisés par certains sont stupéfiants.Si l'activité est payante pour les uns, d'autres montent à cheval en l'échange de menus travaux d'entretien. Antoine a l'esprit d'entreprise, mais n'oublie jamais les valeurs d' entraide et de solidarité. Dans tous ses projets, il a toujours eu à coeur d'employer des personnes en phase de réinsertion, des gens qui cherchaient leur voie, qui avaient besoin d'un coup de pouce. Preuve qu'entreprendre rime parfois avec tendre ( la main).

C'est dans le même esprit que la famille s'est proposée pour accueillir des personnes réfugiées pendant quelques mois. Ils se sont inscrits sur le site CALM , Comme A La Maison ( http://singa.fr/la-communaute/calm-comme-a-la-maison ) et attendent une réponse. Leur fille Adèle, dans la générosité naturelle à la jeunesse, se réjouit d'ouvrir sa maison à des étrangers et trépigne d'impatience. Sabine assure que c'est normal, sa grand-mère a par le passé accueilli des personnes réfugiées, elle s'inscrit dans un même élan." Collabo ou résistant ? Je me suis souvent posé la question de ce que j'aurais fait pendant la guerre ", s'interroge Antoine. "En tout cas, une occasion nous est donnée aujourd'hui de nous positionner."

Je suis admirative de leur démarche. Elle me confronte à mes propres limites. J'aimerais tant que cette évidence s'impose à moi... La violence du paradoxe m'étrangle presque. Depuis 10 jours, je frappe de porte en porte, je reçois quotidiennement des trésors de générosité et de simplicité...et pourtant, je ne suis pas encore prête à m'engager à partager mon quotidien avec des inconnus pendant plusieurs mois. Mon besoin de solitude et d'intimité est-il si puissant qu'il recouvre celui de solidarité ? Est-ce parce que je consacre l'essentiel de mon temps à ma vie professionnelle que je n'imagine pas trouver la disponibilité requise pour accueillir une famille ?

J'ai l'estime de moi au ras des pâquerettes au moment de reprendre la route. Je me demande quelle est ma légitimité de porter un message de fraternité alors que...

 La petite troupe qui m'accompagne ( Antoine, Pierre,Solène et leurs trois 

Antoine et Sabinechevaux) me donne du baume au coeur. Nous partons. La balade est tranquille, parfois nos pas s'harmonisent, parfois je suis en arrière, distancée par quelques intermèdes trottinants. Au milieu d'un bois, un adorable petit chat blanc vient à ma rencontre. Je le caresse, il ne me quitte plus et slalome entre mes trois jambes, manquant à plusieurs reprises de me faire trébucher. Il est tout ébougriffé, affamé de tendresse. Solène le cale bien au chaud dans sa veste et il ne lui faudra pas longtemps pour décider d'adopter généreusement cette petite âme errante.

Au bout de deux heures, Sabine vient rechercher chevaux et cavaliers. Je poursuis ma route avec Antoine redevenu piéton.

Nous faisons halte à Maisoncelles-du-Maine pour nous restaurer au café-épicerie. Isabelle nous y accueille, lumineuse, pétillante, chaleureuse. Elle s'enquiert de mon projet et de sa genèse. Je lui parle de ce qui m'a mis en mouvement en janvier, de ma pétition au sujet de notre hymne national ( cf lien pétition ). Isabelle s'émeut. Son fils de 8 ans a appris la Marseillaise à l'école et est rentré chez lui bouleversé par les paroles sanguinaires. Quelques mamans interloquées ont demandé à la personne qui s'était chargée de cet apprentissage de passer un peu plus de temps à expliquer aux enfants le contexte de ce chant. Il n'empêche, Isabelle et moi sommes persuadées que ce texte n'est pas compréhensible pour les enfants.

J'en profite pour parler de la venue de Graeme Allwright à Guichen (35) le 10 octobre. A 15h30, tous ceux qui le veulent, enfants, choristes, quidams pourront entonner avec lui la Marseillaise de la Paix, que le chanteur a composée il y a 10 ans pour offrir une alternative pacifiste et pleine d'espoir aux générations futures. Je ne serai hélas pas sur place, mais j'aurais aimé joindre ma voix à celle de tous ceux qui espèrent en un monde plus fraternel et bienveillant.

"Que la paix chante  !"

http://www.illeetbio.org/chanter-a-ille-et-bio/ 

En attendant, exerçons-nous à la polyphonie avec nos amis les équidés : http://www.dankatie.com/funstuff/horses/

 

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Divine hospitalité

Chers amis, je vous écris en direct live de l'église où je me suis fait volontairement enfermer il y a 2h. J'avais espéré demander l'hospitalité au curé du village, chaudement recommandé par une lumineuse jeune femme rencontrée cet après-midi. À 19h15 il n'était pas au presbytère,j'ai donc résolu d'aller l'attendre dans l'église encore ouverte. En quelques minutes a germé l'idée d'y passer la nuit, fantasme que je nourris depuis de longues années. Après tout, ne dit-on pas qu'il vaut mieux s'adresser à Dieu plutôt qu'à ses saints ? Le seul problème s'est posé sur un plan hygiénique,car je ne disposais que de 20cl d'eau pour faire l'indispensable toilette requise après 24 km de marche. Je bénis mon intuition qui m'a fait choisir d' acheter un paquet de madeleines (rigide,le détail a son importance ) plutôt qu'un inutile paquet de gaufrettes. Comprend qui peut... Isabelle et Antoine,vous seuls savez où je suis, je compte sur votre discrétion pour ne pas vendre la mèche. Demain je me carapate à la première heure. Bonne nuit à tous !

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18 septembre 2015

Tout être est un carrefour

le verbe de Dieu devenu homme

les regardés

Tout être est un carrefour

tension bleue

le cri de la foi

solidarité

l'enfant revêtu du manteau de la folie du monde

Le combat de Jacob

Nous sommes les regardés

Expo d'art sacré à la Cropte

le martyr d'amour

JOUR 11 : vendredi 18 septembre

Après une nuit en pointillés passée au creux de la belle église de Meslay-du-Maine, avec la lumière rouge de la Présence pour veiller sur moi, je me faufile discrètement hors de l'édifice. Un petit tour au café pour un chocolat chaud et une rapide toilette, un autre au marché pour acheter pêche et banane ( fruits de circonstance ), et me voilà partie...et revenue , puisqu'au bout d'un kilomètre, je m'aperçois que j'ai oublié mon précieux bourdon ( nom donné au bâton du pèlerin).

Je ne l'ai pas que dans la main droite, le bourdon. Le ciel est bouché et je passe une partie de la journée à jouer à cache-cache avec les ondées. Je n'avance pas et regarde peu le paysage. Le moral est au blanc fixe.

Une affichette attire cependant mon attention : EXPOSITION permanente d'ART SACRE à la chapelle de  la Cropte. Et là, stupéfaction : la chapelle est entièrement colonisée par les oeuvres monumentales d'une seule artiste, et ce, depuis plus d'une dizaine d'années. C'est un pur choc esthétique.

De prime abord, je suis surtout rebutée par l'abondance d'oeuvres ( de nombreuses sculptures et autant de peintures qui habillent les murs de l'église) et par l'étrangeté des choix artistiques. C'est d'abord un jugement de valeur qui s'impose à moi, puis petit à petit, au fil de l'heure passée à l'intérieur de ce monde si particulier, le jugement fait place à la compréhension et à la tendresse. Le rapport entre les oeuvres, leurs titres et les textes éclaire les intentions et l'inspiration de l'artiste. Certaines finissent par me plaire, d'autres encore me font rire,  mais une chose est sûre : je suis touchée.

N'est-ce pas là l'enjeu principal de l'art : toucher le coeur des gens ?

Je repars avec ce précieux enseignement : ne juge pas trop vite ce qui te semble a priori sans intérêt. Avec un peu de temps et le désir de comprendre, les ponts apparaissent et permettent de se rejoindre.

" TOUT ETRE EST UN CARREFOUR, UN LIEU DE REPONSES ESPEREES"

Voici  pour vous aider à entrer dans cette mini-expo virtuelle, les légendes des photos ci-dessus : Le verbe de Dieu devenu homme / Les regardés / Texte le combat de Jacob/ Tension bleue / Le cri de la foi/ Solidarité / L'enfant revêtu du manteau de la folie du monde / Le combat de Jacob / Texte les regardés / vue générale de la chapelle /le martyr d'amour

 

 

 

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19 septembre 2015

Les meilleures façons d'marché

JOUR 12 : samedi 19 septembre

Aïe, ouille, je ne résiste pas au plaisir de faire un jeu de mots, mais ce titre me fait quand même mal à l'oeil  !

" Maîtresse, j'aime bien tes façons !" , m'avait dit Marion, 8 ans, le jour de la rentrée de l'an X. Cette phrase absolument charmante m'ayant accompagnée de nombreuses années, je la redonne à mon tour.

" Gens du marché, j'aime bien vos façons !"

Après avoir joué à saute-égouttons toute la journée, j'étais aux alentours de 16h30 réfugiée sous un parapluie feuillu bordant une route départementale. J'allais me résoudre à me lancer sous la pluie battante, quitte à me faire tremper comme une soupe quand un camion s'arrête à ma hauteur. En descend Fabrice, dont le visage souriant m'est familier et pour cause : je l'ai vu le matin même au marché de Meslay-du-Maine à son stand de fruits et légumes. Il m'a reconnue, et pris de compassion pour la marcheuse détrempée, me propose de m'amener chez ses parents à quelques kilomètres de là. Je n'hésite pas longtemps à monter dans son véhicule, tant pis pour les 5 kilomètres qui manquent à la suite de mes pas. Comment résister à un accueil si généreusement offert ?

Je me sens immédiatement à l'aise dans la maison de Janine et Marcel qui me proposent de rester chez eux.  L'amie Fanfan fait de même et touche mon menton défiguré par l'herpès afin d'en accélérer la guérison. Janine est un personnage haut en couleurs et une femme immédiatement attachante. Elle a pris sa retraite après plus de 40 ans à vendre des chapeaux sur les marchés, avec passion et générosité. Elle et son mari ont transmis le goût du contact avec les gens à leur fils Fabrice, qui me parle à son tour avec enthousiasme de son métier et de ce qui en fait tout le jus : le rapport avec les clients.  Je suis étonnée et charmée de rencontrer des commerçants ayant un goût si prononcé pour le rapport aux autres et qui mettent en avant le côté humain de leur métier plus que le côté mercantile. Janine disparaît quelques minutes puis revient avec un cheich violet et un béret mauve assortis à ma tenue, cadeaux donnés avec tellement de plaisir et de simplicité que je les accepte avec joie et sans protester.

C'est finalement chez Fabrice et Charlotte que je vais passer la nuit. J'en suis d'autant plus ravie qu'ils sont les parents de deux adorables fillettes, Axelle et Camille, respectivement âgées de 3 ans et 19 mois. Elles m'intègrent aisément dans leur quotidien et j'assiste à leurs jeux, leur douche, leur repas. J'ai même le privilège de donner à manger à Axelle, preuve que celle-ci a adopté la "petite maîtresse " dont elle n'arrive pas à retenir le prénom. Nous avons la joie d'admirer un arc-en-ciel qui a la particularité d'avoir les deux pieds sur terre.

Je discute de la notion de liberté avec Charlotte, liberté considérablement grignotée au moment où l'on passe du statut de femme sans enfants à celui de maman. Elle me parle de l'amour filial qui se construit petit à petit, au fil du temps, et qui permet d'accepter une incontestable perte de liberté individuelle. Charlotte écrit sur mon carnet de route : " Il paraît que le bonheur, ça se décide ! Je pense que la liberté aussi...La pensée positive et la force de l'esprit sont nos meilleurs alliés. Je sais que l'amour est la clé de tout, que nous sommes tous frères. Ca paraît simple, mais pourquioi est-ce si compliqué alors ? Je souhaite que ton cheminement renforce l'amour dont nous avons tous tant besoin."

Je découvre ses mots le lendemain seulement et ils me touchent beaucoup, comme me touche cette rencontre avec cette adorable famille. Il y a vraiment des maisons ouvertes, celle-ci sans conteste en est une.

Après m'avoir laissé généreusement utiliser son ordinateur pour mettre à jour mon blog, Charlotte me propose de garder mon sac à dos et me donne rendez-vous le soir au WOOD GABOY STOCK, petit festival privé où se produiront  les SANS PRETENTION, le groupe de Fabrice.

Je pars le coeur et le corps légers et me régale de cette journée passée en grande partie à longer les bords de Sarthe sous un soleil radieux.  Le port de Sablé-sur-Sarthe, l'abbaye de Solesmes, le merveilleux petit village de Parcé-sur-Sarthe sont un enchantement.

Partie à plus de 14h, j'arrive à la nuit tombée au festival, perdu dans la campagne sarthoise. L'accueil des invités est particulièrement chaleureux, Fabrice ayant pris soin d'annoncer mon arrivée. Annette, la maîtresse des lieux, m'offre gentiment une douche réparatrice. Les invités me posent tour à tour des questions au son des différents groupes qui se produisent tout au long de la soirée. Je me sens bien, à mon aise, en pays de connaissance. Tout est facile, léger et simple. Je suis presque la doyenne de cette joyeuse assemblée d'une centaine de personnes, ce qui me laisse quelque peu pantoise.

Je découvre avec plaisir le groupe de Fabrice qui enflamme la foule avec son enthousiasme communicatif. Je me prends à rêver qu'un jour peut-être avec IZVAN, nous ferons aussi danser les gens...

Ma journée s'achève bien avant la fin de la fête et je rejoins le camion de primeurs que me prête Fabrice pour passer la nuit. J'installe mon campement et me réjouis de son incongruité. Ma nuit sera courte et je ne rattraperai mon sommeil que de 4h à 7h du matin. Qu'importe. Je me suis tellement rechargée au contact de ces merveilleuses personnes que je peux reprendre la route. Ou l'inverse.

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Les amis de mes amis

Les amis de mes amis sont mes amis ... et vice versa !

Chers amis lecteurs et co-marcheurs,

Peut-être avez-vous du plaisir à découvrir au fil de ces pages la générosité et la gentillesse des gens que je croise. Pourquoi ne pas en faire profiter vos amis et les amis de vos amis et ainsi déclencher un cercle vertueux, que dis-je, des centaines de microsillons fertiles et bienfaisants? Partout où je passe, je ne vois que visages qui s'ouvrent, yeux qui s'allument et coeurs sur la main. Nous avons tous besoin de témoignages de confiance et de fraternité. Vous pouvez si vous le souhaitez lancer à votre tour des graines d'espoir en relayant cette action au sein de vos réseaux. Nul doute qu'il y en aura des milliers d'autres. Les gens n'attendent que ça !

Si tous les gars du monde...et patte ici et patte par là !

Un grand merci à vous.

Fraternellement,

Evelaine

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20 septembre 2015

Journée du matrimoine

JOUR 13 : dimanche 20 septembre

C'est avec seulement 3 heures de sommeil dans le corps que je reprends la route, ce qui donne à ma journée de marche un caractère flou et cotonneux.

Je croise plusieurs exploitations avicoles et me réjouis de voir des centaines de poulets s'ébattre en plein air. LOUES soit leurs miséricordieux éleveurs ! Je tente une entreprise de séduction en leur chantant une berceuse géorgienne. Sans succès. J'en déduis que les poules sont bien moins mélomanes que leurs homologues bovins. N'ayant pas dit mon dernier mot, je m'essaie à imiter le cri du coq et pousse quelques cocoricos bien sentis. En quelques secondes, le branle-bas de combat est général, les poules qui picoraient paisiblement un peu partout dans le champ se regroupent par paquets, puis rejoignent le bâtiment d'élevage en file indienne et en longeant la clôture . Je suis abasourdie d'un tel impact et mes imitations deviennent de moins en moins convaincantes, tant j'ai du mal à réprimer mes propres gloussements. Je ne sais trop qu'en déduire, d'ailleurs je laisse à chacun le soin de tirer les conclusions de ce non-événement des plus surprenants.

Après ce coup d'éclat, la journée s'étire comme un vieux chewing gum, sans grand ressort, et pour cause, je dors debout. D'aucuns pourraient penser que je suis ivre à me voir marcher avec la paupière gauche fermée dans le but de grignoter un semblant de repos.

Vers midi, je fais quelques provisions au petit magasin d'alimentation de Villaines-sous-Malicorne. Celui-ci est tenu par Bruno et Laurence, avec qui je m'entretiens quelques instants. Bruno est boucher, il pourrait rendre sa retraite mais ne le fait pas tant qu'il n'a personne pour reprendre son magasin. Il est parfaitement conscient que les commerces de proximité sont les poumons du village.  Le sympathique couple est sensible à ma démarche. La fraternité n'est visiblement pas un vain mot pour eux. Tous les dimanches vers midi, ils refont le monde avec les habitués du village. Je m'étonne du nombre de pommeraies aperçues au fil des derniers kilomètres. Ils m'expliquent que ce sont des travailleurs polonais qui viennent y travailler six mois de l'année car les producteurs ne trouvent pas de main d'oeuvre parmi les demandeurs d'emploi français. Bruno et Laurence se réjouissent de ces contacts avec cette communauté étrangère charmante, polie et très travailleuse.

En arrivant à la Flèche, je tombe par hasard à  la chapelle Notre Dame des Vertus qu'un érudit conférencier fait visiter dans le cadre des journées du patrimoine. Il est passionnant et décrypte de nombreux détails qu'un oeil non averti aurait manqué. La particularité la plus remarquable de cette chapelle est la Porte du Guerrier musulman. " Priez Dieu car en sortant, vous allez peut-être rencontrer le Turc mahométan !" La porte date de 1470 et est contemporaine de la prise de Constantinople ( Istanbul) par les Ottomans en 1453. Le "Turc musulman " était alors le grand ennemi qui avait chassé les Chrétiens d'Orient.

Je poursuis ma visite du patrimoine en faisant un bref passage à l'école du Prytanée national militaire. L'austérité des lieux me met immédiatement mal à l'aise, mais c'est surtout la rigidité des jeunes élèves en uniforme militaire qui me glace. Ils sont là à faire le plan(c)ton toute la journée, on croirait leur jeunesse prise dans les glaces, cryogénisée dans le comportement que l'on attend d'eux, docile et laborieux. "Tu te soumets ou te démets !" Je suis stupéfaite de constater que l'église de l'école est pavoisée de drapeaux tricolores. Je m'étonne que le symbole républicain soit si présent ( 24 drapeaux ) dans un lieu de culte. Vous avez dit "séparation de l'église et de l'état ?"

Je quitte précipitamment les lieux à la recherche d'un abri pour la nuit. En passant devant le siège de Ouest France, je m'apprête à glisser un mot dans la boîte aux lettres quand, ô surprise pour un dimanche  à 18h45, un charmant journaliste m'ouvre la porte. En 10 minutes, Jérôme me questionne, me prend en photo sur la place et écrit un mail pour me recommander à ses collègues de la Flèche car il travaille au Mans et ne fait qu'un remplacement pour le week end.

En passant devant le couvent des visitandines ( religieuses de l'ordre de la Visitation) , j'avise un groupe de femmes qui ont bénévolement fait visiter les lieux en cette journée du patrimoine. Christine m'offre de passer la nuit chez elle, à quelques kilomètres de là.

Il ne nous faut pas longtemps pour briser la glace. Christine est ancienne infirmière et nous évoquons très rapidement le sujet de la vieillesse, de la dépendance, mais aussi le fait que parfois la maladie peut adoucir des rapports autrefois tendus entre les membres d'une famille.

Je ne me lasse pas d'écouter Christine, je bois littéralement ses paroles, tant elles sont empreintes de sagesse et de bonté. Je ne pourrai hélas restituer ici que quelques bribes de notre édifiante conversation.

Elle me raconte que son père a ignoré qu'il était juif jusqu'à ses 14 ans, quand sa circoncision n'a plus échappé à ses camarades de vestiaire. Ses parents avaient fui la Pologne et les persécutions perpétrées à l'encontre des Juifs. Pour protéger leurs enfants, ils avaient préféré cacher une partie pourtant essentielle de leur identité. Plus tard pendant la 2e guerre mondiale, son père fut retenu en captivité en Allemagne et converti au christianisme par le philosophe et théologien protestant Paul Ricoeur, à force de débats emplis d'écoute et de respect mutuel.

Nous parlons religion et spiritualité. " Les gens mélangent tout. Pourtant, on devrait faire la distinction entre la foi, qui relève de l'intime, et le folklore, le théâtre". Christine est croyante et se réjouit  que le Pape François soit un homme simple, charitable et tourné vers les plus démunis.

Elle mentionne le nouvel ouvrage d'Eric-Emmanuel Schmitt, La Nuit de feu, dans lequel le philosophe raconte la nuit qu'il a passée dans le désert, alors qu'il s'était perdu. Pour survivre à la morsure du froid, il s'est enterré jusqu'au cou et malgré l'incertitude et l'incongruité de la situation, s'en est trouvé parfaitement heureux. Cette intimité avec l'univers a donné lieu à une révélation mystique,à une "nuit de feu", à l'instar de son homologue Pascal.

"Il faut aller au désert ", me conseille Christine, pour découvrir le sens de sa vie. "Il faut apprendre à s'arrêter. Aujourd'hui, le temps s'accélère car avec notre monde de consommation, on est toujours pressés d'obtenir."

Elle reconnaît avoir seulement réussi à ralentir au moment de la retraite, qu'elle sait pourtant bien occuper. Christine a consacré sa vie à se mettre au service d'autrui. Infirmière de profession, elle est aujourd'hui présidente de l'association du couvent de la Visitation, fait du théâtre et du soutien scolaire.

Elle est très pédagogue, don qui lui vient certainement de son éducation très éclairée. L 'entendant chanter la Marseillasie, son père lui dit : " Arrête un instant de chanter et lis doucement les paroles, sans la mélodie. Tu me donnes ton commentaire, et après tu chanteras.". J'en ai la gorge serrée tant cette façon de faire me semble la plus éducative. Christine n'a jamais oublié cette belle leçon de pédagogie. "Il faut laisser l'autre découvrir par lui-même, en lui montrant sans en avoir l'air. Tout s'apprend, même être mère." Elle me raconte comment, l'air de rien, elle avait par l'exemple -mais sans faire la leçon et surtout pas culpabiliser- amené une jeune mère à entrer en communication avec son nourrisson affolé par l'indifférence maternelle. 

On ne sait pas ce que vivent les gens.

"Comment juger les autres si on ne sait pas se juger soi-même ? Tout mon travail actuel consiste à ne pas être dans le jugement", explique Christine. " Ce qui m'intéresse, c'est le coeur. L'intelligence, on en fait ce qu'on veut. On tue avec l'intelligence. Ce qui compte, c'est les actes, pas les paroles. Ce n'est pas un hasard si le Christ n'a rien écrit." L'humilité, c'est la voie de la paix et du bonheur. Pour un Chrétien, la paix avec soi, c'est Dieu. Pour un athée, c'est la sagesse. Ce sont les mêmes choses, cachées derrière des mots différents."

Je quitte à regret cette femme extraordinaire qui m'accompagne jusqu'au bureau de Ouest France où je vais répondre aux questions d'une journaliste.

Je repartirai de la Flèche avec ces derniers mots cités par Christine : " Prends ton grabat, et marche !"

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21 septembre 2015

Et vous n'avez pas peur ?

JOUR 14 : lundi 21 septembre

"Et vous n'avez pas peur ? Avec tout c'qu'on voit et tout c'qu'on entend..."

Ma réponse a toujours été la même depuis deux semaines, candide : " Bah non, de quoi ?" Et pourtant ce matin, je suis un tantinet mal à l'aise en traversant la forêt. Je décide de mettre mon couteau suisse dans ma banane ventrale, plutôt qu'au fond de mon sac à dos. J'aurais bien du mal à repousser la charge d'un sanglier avec un vulgaire canif, mais sa présence, sans me rassurer, me pousse à plus de vigilance que de coutume.

Ce petit geste banal aura de nombreux échos toute la journée. Est-ce mon intuition qui m'a fait sentir le danger ou est-ce ma peur qui l'a invité à se manifester ? Pensée magique pour certains, il n'en reste pas moins que la journée sera placée sous le signe de l'agressivité.

Je me fais klaxonner par une automobiliste qui considère que je ne traverse pas la route assez vite.

Les panneaux "ATTENTION AU CHIEN " pullullent.

Les fermes traversées sont toutes assorties de gros chiens plus effrayants les uns que les autres : énormes Saint-Bernard et surtout bergers allemands, que dans mon enfance on appelait chiens-loups. Les propriétés sont privées ( de quoi ?) et certains propriétaires dépourvus de la plus élémentaire bienséance, laissant leurs bêtes vous hurler dessus pendant de longues minutes sans songer à les rappeler. Une femme à qui je demandais si ses chiens étaient particulièrement énervés me répond en tournant sèchement les talons : " Non, mais ce sont des gardiens." Je me demande quel trésor recèle la maison de cette femme pour avoir besoin d'être gardée par 6 bergers allemands déchaînés. Plus loin, un monsieur m'explique qu'il a acheté à contrecoeur un Saint-Bernard pour faire peur à d'éventuels voleurs, car de nombreux larcins ont été commis dans la région.

Tout ceci m'attriste et me met mal à l'aise. Après deux semaines de pure ouverture et confiance, voilà que défiance et fermeture s'invitent au bal.

La peur appelle la peur, de proche en proche elle se répand comme gangrène. C'est très net et je plains les habitants de ces villages qui se sont fait manifestement contaminer. Je ne voudrais pas habiter par ici...

Au bout de 28 km, je me déchausse et m'assieds au bord de la route pour faire baisser la température à l'intérieur de mes chaussures.. Deux chauffeurs s'arrêtent et me demandent si j'ai un problème ou besoin de quelque chose. Je décline leur aide en souriant et reprends la route. Un peu plus loin, une voiture s'arrête à ma hauteur. Un homme d'une trentaine d'années me questionne sur ma marche, me dit que je suis courageuse et me propose de se garer pour qu'on fasse connaissance. Mes antennes se dressent aussitôt, je crois reconnaître le parfum de l'embrouille.

J'ai raison de m'inquiéter. Alors que j'ai gentiment refusé sa proposition, l'homme repart..et gare sa voiture 50 mètres plus loin. Oh oh, voilà qui me rappelle le désagréable épisode vécu l'an dernier sur le GR 34 en Morbihan. Un homme m'avait abordé au volant de sa rutilante voiture. Alors que nous devisions aimablement et poliment, il m'avait désarçonnée d'un : " Et sinon, ça vous dirait de me s.... la b... ? " J'avais alors eu une réaction un peu primaire mais salutaire et l'avait menacé de porter atteinte à l'intégrité de sa carosserie manifestement amoureusement entretenue. Je m'étais sentie souillée par cette agression verbale et en étais vraiment indignée.

Je sens cette fois-ci poindre le moment de vérité et m'apprête à vivre un autre épisode SLB. Fort heureusement, un petit pépé édenté arrive à ma hauteur et me demande "si le type m'embête", car il a remarqué que l'homme me suit depuis un moment. Je lui réponds que je ne sais pas encore et décide d'en découdre avec le malotru, avec pour assurer mes arrières le petit pépé vigilant.

Je me dirige à pas décidés vers la voiture, photographie la plaque d'immatriculation et lui dis que je n'apprécie pas du tout son comportement louche. D'ailleurs j'envoie la photo de sa plaque à mon compagnon qui est en mesure de me géolocaliser et donc de retrouver sa trace. Il proteste et affirme l'innocence de ses intentions... mais ne bouge néanmoins pas d'un pouce.

C'est mon chevalier servant qui aura le le dernier mot en le menaçant " d'appeler les flics."

Moralité, la peur du gendarme est bien plus efficace que les tentatives d'intimidation d'une minette en short rose, fut-elle déterminée.

Incroyable mais véridique, 500 mètres après le lieu de l'incident, je tombe en arrêt devant le panneau du lieu-dit : LA PETITE GUERRIERE

Y'a pas à dire, je me sens comme qui dirait "accompagnée " ou du moins, j'ai tous les sens en éveil qui me font capter les liens secrets entre les choses.

Pour terminer d''illustrer mon propos, je joins deux autres photos prises en forêt et symboliquement chargées : une biche aux abois entr'aperçue dans une allée forestière (si si, tout au fond,elle y est) et un graffiti qui se passe de commentaire.

Chaperons de toutes les couleurs, ouvrez grands vos yeux... de biches ! Et vive les pépés solidaires des petites pépées! 

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