JOUR 2 : 9 septembre

Marcher sur la Voie de la Liberté peut s'avérer pénible et dangereux. Sur le plan physique, les voitures nous frôlent de bien près. Sur les plans psychologique et philosophique, il n’est pas toujours aisé de l’apprivoiser. Liberté de pensée, liberté de parole, liberté de ton, liberté de dire non, liberté de contester, liberté de s’interroger, liberté de douter, liberté de prendre un risque et de se tromper. Tous ces espaces de liberté font notre humanité.

Aujourd'hui, j’ai beaucoup interrogé la liberté que je me suis donnée de relayer la parole de mes hôtes. Dans quelle mesure puis-je citer les paroles de quelqu’un recueillies dans l’intimité de la rencontre, à la naissance de la confiance et dans une mutuelle bienveillance, sans pour cela risquer de trahir cette confiance ? Comment créer un espace de liberté entre des inconnus qui se rencontrent si on sait que le lendemain, une trace d’un échange privé sera laissée dans un espace public ? Aujourd’hui, il y a eu collision entre une envie de partager le sel de la rencontre avec les lecteurs, et une envie de protéger mes hôtes. Ce qui m’amène à établir un début de code de déontologie en tant que glotte-trotteuse : toujours présenter le projet clairement, demander explicitement l’autorisation de publier les photos et les commentaires des personnes qui m’accueillent, montrer le blog sur leur ordinateur quand c'est possible
et laisser mon numéro de téléphone à mes hôtes. Ce code s’affinera certainement au fil des jours.

Cette deuxième journée de marche a été colorée par cette interrogation, mais aussi par de très belles rencontres.

A la sortie de Dol-de-Bretagne, magnifique petite cité au charme fou, j'ai été accostée par Jean-Claude qui se désolait de ne pouvoir partager un bout de route avec moi. Cardiaque, il a marché de Dol à St Jacques de Compostelle pour prouver à sa famille que des problèmes de coeur n'empêchent pas de vivre en grand.

Après un déjeuner au restau routier de Baguer-Pican, j'avise deux panneaux intrigants : LOUP PENDU et quelques mètres plus loin BREBIS ROUGE. Intriguée, j'engage la conversation avec une dame qui est sur le pas de sa porte et m’invite bientôt à entrer. Je passe alors un moment délicieux avec Martine et son mari Patrick qui me racontent des bribes de leur vie depuis qu’ils sont arrivés à Baguer-Pican. Ils sont des « revenus », des gens du coin partis faire leur vie ailleurs et revenus au pays à la retraite. Patrick souligne la difficulté de s’intégrer auprès d’une partie de la population implantée sur ce terroir depuis... avant la Révolution !

Nous rions beaucoup à l’évocation d’un projet farfelu visant à favoriser le câblage internet dans la baie du Mont Saint Michel en équipant les moutons de colliers émetteurs wifi. Il y aurait même des bières avec des étiquettes à l’effigie des ovins et porteuses du slogan « Moi, câblé, jamais ! »

Je repars le cœur léger et termine mon étape du jour à Pleine-Fougères. Au bar du village, André et Claudie me proposent spontanément de m’héberger. Ouf, quel soulagement !

Après une bonne douche relaxante, je partage un repas franchement carné avec mes deux convives, un couple délicieux marié depuis 51 ans. Le mot LIBERTE résonne fortement pour Claudie. Pour elle, cela signifie «  pouvoir faire ce qu’on veut, quand on le veut et sans avoir à rendre de comptes ». André rétorque : « LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE, ça ne me parle pas parce qu’il n’y en a jamais eu. » Notre échange est fourni, gai et plein d’humour.

Je suis enchantée de ces deux premières journées. La marche en fraternité est bel et bien lancée.

NB : Pour en savoir plus sur la Voie de la Liberté : http://www.ille-et-vilaine.fr/fr/actualite/l-ille-et-vilaine-restaure-voie-liberte

Voie_de_la_Liberté[1]

Chez_Patrick_et_Martine[1]

Errance[1]

Claudie_et_André[1]