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JOUR 3 : jeudi 10 septembre

Le temps est radieux, beaucoup plus que ma météo intérieure ennuagée par des considérations déontologiques. Je me réjouissais de quitter enfin le bitume pour les sentiers de grande randonnée, mais le premier qui me tombe sous le pied n'est manifestement plus foulé que par quelques rares passants étrangers à la bipédie. J'ai du mal à trouver les balises effacées par le temps et les éléments. Tiens, je me souviens avoir entendu hier au bar : " Il ne pleut jamais en Bretagne, il tombe de l'eau ! " La nuance me fait sourire malgré les flic floc de mes chaussures détrempées par la rosée. Arrivée au bourg de Sougéal, je trouve refuge dans la boulangerie d'Isabelle qui me reçoit tel un soleil zénithal. Je me recharge de ses rayons, pleins phares bienveillants et soutenants. La petite boulangère m'invite à rester déjeuner avec elle, invitation que je décline car je ne suis qu'au début de ma journée de marche. Je regrette aussitôt tant je sentais que cette rencontre aurait été nourrissante, ce qui fut confirmé par les merveilleux mots d'encouragement reçus quelques heures plus tard sur mon blog. Qu'est-ce qui fait qu'on se rencontre ? Un cheveu, un souffle, un éclat dans l'oeil, un mot qui fait mouche, un talon cassé, un rire bizarre... On se frôle en permanence, des millions de fois par jour le miracle de la rencontre pourrait s'accomplir. De cette infinité-là, nous n'avons pas conscience et n'en saisirons qu'une tête d'épingle. Précieuse connexion entre les êtres, Graal fragile ballotté par les grands remous d'insignifiance qui nous font oublier l'essentiel : moi humain, toi humain.

En quittant Sougéal, je remarque une affiche à la mairie portant mention "MA COMMUNE EST UTILE". Cet été aussi dans le Doubs, j'avais été surprise par les nombreux panneaux barrés d'un trait noir à l'entrée des villages. Ces actions visent à protester contre le projet de supprimer de nombreuses petites communes en France au profit de regroupements de communautés de communes. Les économies budgétaires avancées comme argument ne parlent pas au coeur des gens qui sont attachés à la vie locale et au service de proximité. Comment ne pas comprendre cela ? Il y a tant de villages qui meurent à petit feu !

Je quitte le bourg et déjeune aux abords du cimetière, lieu fort prisé des randonneurs assoiffés ou empoissés. Au menu, SPICH, CLOTACHO PINAU et LIGERS EFROUSSES. Les sweet teeth parmi vous n'auront aucun mal à reconnaître l'hérésie alimentaire et me pardonneront mes péchés.

La journée s'écoule, un peu monotone sur la fin puisque j'emprunte pendant de longs kilomètres une ancienne voie ferrée qui doit me mener à mon lieu d'étape, St Brice en Coglès. Un peu inquiète de l'heure avancée (20h), j'apostrophe un groupe de joggueurs pour leur demander conseil. L'un d'eux se propose de m'accueillir pour la nuit. Nous nous donnons rendez-vous une heure plus tard devant la piscine du village.

La maison d'Eric est grande, il a quatre enfants mais aucun d'eux n'est présent ce soir. Sa chienne Kiwi

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Eric[1]

recherche la caresse,comme le faisait autrefois mon ours en peluche dont elle a la même fourrure élimée. Eric m'offre une galette complète préparée avec beaucoup de gentillesse et de simplicité. Nous évoquons la question de la liberté, notamment dans le couple. Certains trouvent leur liberté dans une relative autonomie quand d'autres voient la leur rognée par celle de leur partenaire.  Pour s'accorder et avoir une chance de traverser le temps, cette question me paraît être la clef de voûte de la belle maison du COUPLE.

La journée s'achève, il faut dormir, réveil à 6h30 !