JOUR 7 : lundi 14 septembre

Je suis arrivée hier soir chez ma soeur Pauline et son mari Samuel. Au dîner, nous avons évoqué la belle expérience que Pauline avait faite dans sa jeunesse avec l'association TRANS EURO STOP. Cette association a été créée en Mayenne en 1985 et permet à des jeunes de partir en stop pendant un mois à la découverte de pays européens. Les jeunes partent en binôme et se retrouvent en grand groupe à des étapes pour échanger sur leur expérience, changer de partenaire de stop et...faire la fête ! Je n'ai jamais entendu parler d'une autre association proposant le même principe, peut-être est-elle unique en France. J'avais 15 ans quand elle s'est créée, j'en ai rêvé de nombreuses années mais n'ai jamais transformé l'essai, ce qui m'a valu quelques regrets. Voici le lien vers un blog qui présente bien le projet ( http://www.globestoppeuse.com/trans-euro-stop-voyages-en-auto-stop-depuis-30-ans ) et une adresse mail pour les contacter ( transeurostop@yahoo.fr )

Je ne peux m'empêcher de faire le parallèle entre le stop et la marche que j'ai entreprise. Faire du stop revient à demander l'hospitalité à des inconnus, même si c'est dans l'habitacle d'un véhicule et seulement pour quelques minutes ou quelques heures. Le stop est basé sur la confiance mutuelle, je confie ma sécurité à quelqu'un dont j'ignore la conduite, les deux parties ignorent également la stabilité psychologique de l'autre. Pendant ce temps de relative intimité, la parole circule, parfois on parvient à un niveau d'échange assez intime, par la grâce du lien entre inconnus qui ne se reverront jamais. J'ai pu constater au fil des années que la concurrence sur le bord des routes était de moins en moins rude. Est-ce à mettre au compte d'un besoin de confort des jeunes et d'une défiance accrue des conducteurs ?

Je reprends la route vers 14h pour une courte étape de 18 km qui me fait quitter l'Ille-et-Vilaine et arriver en Mayenne, ma terre d'origine. J'en suis heureuse. Après avoir ignoré pendant les années post-adolescence les charmes de mon département de naissance, j'y retourne à présent avec plaisir et je sais en savourer le calme et la beauté. 

Je fais étape à Port-Brillet chez Pierre et Madeleine, les parents de mon beau-frère Jean-Luc. Il me tenait à coeur de passer chez eux, tant ce couple extraordinaire représente pour moi la valeur FRATERNITE. C'est l'engagement de toute une vie, la posture qui les a fait se rencontrer il y a plus de cinquante ans en Algérie. 

1963. Pierre, qui a combattu pendant la guerre d'Algérie dans l'armée française, décide d'y retourner un an après la fin de la guerre pour aider les Algériens à reconstruire leur pays meurtri. Jeune paysan, il les aide à s'organiser pour monter des projets collectifs en agriculture et devenir ensuite autonomes. 

Madeleine, tout juste diplômée, décide de donner deux ans de sa vie à un pays d'Afrique. " Si tu veux aider, va en Algérie". Soit, elle y enseignera à des jeunes femmes l'économie familiale, la couture, le français et ne manquera pas une occasion de les guider vers plus d'autonomie, leur parlant contraception, émancipation...

Pierre et Madeleine sont chrétiens, il font partie de la JAC ( Jeunesse Agricole Chrétienne) dont la devise est VOIR, JUGER ( au sens d'estimer), AGIR. Ils croient à l'action et toute leur vie est une oeuvre d'engagement au service des autres.

Leur foi est un guide qui les ouvre à leurs prochains, ce qui devrait être le but de toute religion. Cruel et insupportable paradoxe que ce mot "religion" qui signifie "relier" et au nom duquel une grande partie de l'humanité se déchire dans une lutte fratricide !

Pierre raconte que la religion chrétienne était déjà importante dans sa jeunesse, mais que c'est la confrontation avec celle du voisin, l'islam, qui l'a éveillé à la spiritualité. Il a pu faire des ponts entre les fondamentaux des deux religions et surtout, été profondément marqué par le fait d'être accueilli si fraternellement très peu de temps après la guerre par les Algériens, par le fait de vivre à leurs côtés, de côtoyer une autre façon d'être et de penser.

Ce dialogue interreligieux leur tenant à coeur, Pierre et Madeleine ont participé il y a quelques années à un voyage en Israël-Palestine avec deux cents pèlerins issus des trois grandes religions monothéistes, ainsi que des gens sans attache religieuse. Ce projet intitulé "LA PAIX, NOM DE DIEU"  était rythmé par des rencontres avec les gens des deux côtés, israélien et palestininen ( ils ont même pu rencontrer Yasser Arafat), des prières interreligieuses et des temps de partage. Je cite Michel Cool, l'un de leurs guides français : " Nous ne sommes que de pauvres nomades du dialogue, enferrés dans nos préjugés, nos ignorances et nos peurs de l'autre.(...) Le message de notre fratrie vaut aussi dans notre pays confronté à un regain inquiétant de violences racistes et antisémites incompatibles avec les valeurs démocratiques et laïques de notre République. Nomades du dialogue, citoyens de la paix, votre route est longue ! "

Paroles ô combien d'actualité !

Oui, la route est longue, mais elle EST.

 

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