JOUR 12 : samedi 19 septembre

Aïe, ouille, je ne résiste pas au plaisir de faire un jeu de mots, mais ce titre me fait quand même mal à l'oeil  !

" Maîtresse, j'aime bien tes façons !" , m'avait dit Marion, 8 ans, le jour de la rentrée de l'an X. Cette phrase absolument charmante m'ayant accompagnée de nombreuses années, je la redonne à mon tour.

" Gens du marché, j'aime bien vos façons !"

Après avoir joué à saute-égouttons toute la journée, j'étais aux alentours de 16h30 réfugiée sous un parapluie feuillu bordant une route départementale. J'allais me résoudre à me lancer sous la pluie battante, quitte à me faire tremper comme une soupe quand un camion s'arrête à ma hauteur. En descend Fabrice, dont le visage souriant m'est familier et pour cause : je l'ai vu le matin même au marché de Meslay-du-Maine à son stand de fruits et légumes. Il m'a reconnue, et pris de compassion pour la marcheuse détrempée, me propose de m'amener chez ses parents à quelques kilomètres de là. Je n'hésite pas longtemps à monter dans son véhicule, tant pis pour les 5 kilomètres qui manquent à la suite de mes pas. Comment résister à un accueil si généreusement offert ?

Je me sens immédiatement à l'aise dans la maison de Janine et Marcel qui me proposent de rester chez eux.  L'amie Fanfan fait de même et touche mon menton défiguré par l'herpès afin d'en accélérer la guérison. Janine est un personnage haut en couleurs et une femme immédiatement attachante. Elle a pris sa retraite après plus de 40 ans à vendre des chapeaux sur les marchés, avec passion et générosité. Elle et son mari ont transmis le goût du contact avec les gens à leur fils Fabrice, qui me parle à son tour avec enthousiasme de son métier et de ce qui en fait tout le jus : le rapport avec les clients.  Je suis étonnée et charmée de rencontrer des commerçants ayant un goût si prononcé pour le rapport aux autres et qui mettent en avant le côté humain de leur métier plus que le côté mercantile. Janine disparaît quelques minutes puis revient avec un cheich violet et un béret mauve assortis à ma tenue, cadeaux donnés avec tellement de plaisir et de simplicité que je les accepte avec joie et sans protester.

C'est finalement chez Fabrice et Charlotte que je vais passer la nuit. J'en suis d'autant plus ravie qu'ils sont les parents de deux adorables fillettes, Axelle et Camille, respectivement âgées de 3 ans et 19 mois. Elles m'intègrent aisément dans leur quotidien et j'assiste à leurs jeux, leur douche, leur repas. J'ai même le privilège de donner à manger à Axelle, preuve que celle-ci a adopté la "petite maîtresse " dont elle n'arrive pas à retenir le prénom. Nous avons la joie d'admirer un arc-en-ciel qui a la particularité d'avoir les deux pieds sur terre.

Je discute de la notion de liberté avec Charlotte, liberté considérablement grignotée au moment où l'on passe du statut de femme sans enfants à celui de maman. Elle me parle de l'amour filial qui se construit petit à petit, au fil du temps, et qui permet d'accepter une incontestable perte de liberté individuelle. Charlotte écrit sur mon carnet de route : " Il paraît que le bonheur, ça se décide ! Je pense que la liberté aussi...La pensée positive et la force de l'esprit sont nos meilleurs alliés. Je sais que l'amour est la clé de tout, que nous sommes tous frères. Ca paraît simple, mais pourquioi est-ce si compliqué alors ? Je souhaite que ton cheminement renforce l'amour dont nous avons tous tant besoin."

Je découvre ses mots le lendemain seulement et ils me touchent beaucoup, comme me touche cette rencontre avec cette adorable famille. Il y a vraiment des maisons ouvertes, celle-ci sans conteste en est une.

Après m'avoir laissé généreusement utiliser son ordinateur pour mettre à jour mon blog, Charlotte me propose de garder mon sac à dos et me donne rendez-vous le soir au WOOD GABOY STOCK, petit festival privé où se produiront  les SANS PRETENTION, le groupe de Fabrice.

Je pars le coeur et le corps légers et me régale de cette journée passée en grande partie à longer les bords de Sarthe sous un soleil radieux.  Le port de Sablé-sur-Sarthe, l'abbaye de Solesmes, le merveilleux petit village de Parcé-sur-Sarthe sont un enchantement.

Partie à plus de 14h, j'arrive à la nuit tombée au festival, perdu dans la campagne sarthoise. L'accueil des invités est particulièrement chaleureux, Fabrice ayant pris soin d'annoncer mon arrivée. Annette, la maîtresse des lieux, m'offre gentiment une douche réparatrice. Les invités me posent tour à tour des questions au son des différents groupes qui se produisent tout au long de la soirée. Je me sens bien, à mon aise, en pays de connaissance. Tout est facile, léger et simple. Je suis presque la doyenne de cette joyeuse assemblée d'une centaine de personnes, ce qui me laisse quelque peu pantoise.

Je découvre avec plaisir le groupe de Fabrice qui enflamme la foule avec son enthousiasme communicatif. Je me prends à rêver qu'un jour peut-être avec IZVAN, nous ferons aussi danser les gens...

Ma journée s'achève bien avant la fin de la fête et je rejoins le camion de primeurs que me prête Fabrice pour passer la nuit. J'installe mon campement et me réjouis de son incongruité. Ma nuit sera courte et je ne rattraperai mon sommeil que de 4h à 7h du matin. Qu'importe. Je me suis tellement rechargée au contact de ces merveilleuses personnes que je peux reprendre la route. Ou l'inverse.