JOURS 19 et 20: samedi 26 et dimanche 27 septembre

Arrivée à Tours sous un grand soleil après deux jours sur un sentier balisé de la coquille St Jacques, signe distinctif des chemins de Compostelle. Tours est une étape importante sur ces chemins, d'ailleurs la ville a donné son nom à l'une des quatre voies principales qui traversent la France pour mener à Santiago de Compostella : la via turonensis. J'ai pour ma part choisi la via podensis au départ du Puy en Velay et ai effectué ce trajet en deux tronçons d'un mois,  en 2008  et  2009.

C'est donc tout naturellement que j'ai eu envie de retrouver l'ambiance d'un accueil jacquaire auprès des soeurs bénédictines du Sacré-Coeur de Montmartre. Leur ordre est dédié à la prière, à la louange, mais aussi à l'accueil des pèlerins.Je me sens instantanément bien dans ce lieu très calme et reposant. Soeur Maria me remet les clefs de la chambre...et de la basilique St Martin que je découvre de nuit en me rendant dans la crypte pour assister aux Complies. Beauté du lieu, petit écrin secret où reposent les reliques de St Martin, un des principaux saints chrétiens et évangélisateurs ayant vécu au IVe siècle. Le 11 novembre prochain marquera le début d'une année martinienne célébrant les dix-sept siècles de la naissance présumée du saint. Les chants des soeurs sont beaux, leurs voix pures s'entrelacent en polyphonie pour ma plus grande joie. J'ai aussi la surprise de découvrir une soeur jouant du psaltérion, instrument m'évoquant un autre temps.

"On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille..." Ces femmes ont prononcé des voeux, et ce faisant, se retrouvent à vivre au sein d'une communauté, d'une famille où les liens spirituels remplacent les liens du sang. La fraternité, la sororité plutôt, est de mise quand on partage tout : vie quotidienne et vie spirituelle. Quant à la liberté...j'avoue que leur choix de vie m' interroge profondément.

Au repas pris en commun, je fais la connaissance de deux soeurs (de sang cette fois), qui sont venues à Tours pour retrouver une vieille religieuse. Orphelines de mère très jeunes, elles ont été placées chez les soeurs et leur reconnaissance pour cette éducation de substitution a traversé les décennies. Je suis touchée par ce couple de soeurs unies par ce drame épouvantable qui les a frappées en plein coeur de l'enfance: la mort d'une mère.

Un peu plus tard nous rejoignent une triplette de jeunes hommes fort sympathiques : Guillaume, Thomas et Damien. Trois frères ayant décidé d'effectuer ensemble le chemin de Compostelle par tronçons, car il n'est pas simple de dégager du temps commun quand on a femme et enfants. Une grande complicité et une grande douceur se dégagent de ces trois hommes, malgré une certaine différence d 'âge ( 7 ans entre chacun d'eux ) et de caractère. Je les admire de tisser ainsi leurs liens fraternels, d'y consacrer du temps et de l'énergie, chose assez difficile et rare à l'âge adulte. Je leur décerne le titre de mascotte de ma marche, car ils incarnent la fraternité à plus d'un titre.

Mon séjour tourangeau est décidément placé sous ce signe. Je visite le très intéressant musée du Compagnonnage. Ce mouvement est un "ensemble de sociétés rassemblant des ouvriers de divers métiers de l 'artisanat. Ses buts sont le perfectionnement professionnel et moral, ainsi que l'assistance mutuelle ". Le sujet est trop vaste pour être expliqué en quelques phrases. Je vous invite donc à consulter le site du musée : www.museecompagnonnage.fr

Une guide me prend pour un compagnon ( le compagnonnage n'est ouvert aux femmes en France que depuis 2006 !). Je la détrompe, tout en reconnaissant qu'il y a des ponts entre ma marche et leur tour de France à pied, entre leur canne et mon bâton, entre mon attachement et le leur aux valeurs liberté et fraternité. Les compagnons ont pris pour devise le " Noli me tangere" que le Christ aurait dit à Marie-Madeleine quand celle-ci avait voulu le toucher après sa résurrection. Ce " ne me touche pas" signifie aussi "ne me retiens pas " et colle aux compagnons,, viscéralement attachés à leur "liberté de passer". Je l'adopte immédiatement.

La figure de Madeleine apparaît pour la deuxième fois dans ce voyage, et c'est avec ravissement que je me souviens avoir prévu de passer en fin de parcours par la Sainte Baume, grotte provençale où la sainte aurait passé plusieurs années.

Je quitte à regret cette belle ville de Tours dont le charme éclate sous le soleil et dont les multiples trésors vont illuminer ma marche pendant quelques temps. Une chose est sûre: j' y reviendrai.