Jours 15 et 16 :mardi 22 et mercredi 23 septembre

C'est avec un grand plaisir et un grand soulagement que j'ai trouvé refuge hier soir auprès de Laurent, mon compagnon. Nous nous étions donné rendez-vous au Lude à l'Auberge alsacienne où j'ai pu reprendre force et énergie. J'apprécie grandement les objets qu'il a apportés pour faire un raccord matériel ,notamment la batterie gentiment offerte par mon beau-frère Samuel, plus puissante que la mienne.Je profite de la matinée pour mettre le blog à jour tandis que Laurent confectionne un autre fanion plus visible, des cartes de visite avec l'adresse du blog et quelques autres petits travaux fort utiles.

Laurent est mon compagnon depuis 11 ans. Ce mot prend réellement tout son sens, car depuis toutes ces années nous nous  accompagnons vraiment, nous nous soutenons mutuellement dans tous nos projets, quels qu'ils soient. La liberté est le ciment de notre couple, et jamais nous n'avons freiné l'autre dans ses élans, même si parfois il a bien sûr fallu prendre sur soi. Laurent a dû composer avec sa peur quand il m'a laissé partir en stop en 2010 pour une traversée de l'Europe avec juste un "rendez-vous à la frontière turco-géorgienne dans 1 mois !" Quant à moi, je l'ai toujours encouragé dans sa carrière professionnelle, même si cela impliquait de longues et régulières périodes sans se voir. A 50 ans, Laurent est toujours en mouvement, en formation, en recherche. Avec cinq casquettes professionnelles ( comédien,  prof de théâtre, chanteur, pédagogue de la voix,masseur), il est souvent par monts et par vaux.

LIBERTÉ de mouvement et d'action. ÉGALITÉ dans nos rapports homme/femme. FRATERNITÉ dans l'entraide que nous nous prodiguons. Voilà un trépied bien solide.

Pendant presque 3 jours nous marchons à travers la campagne sarthoise, nous nourrissant de noix et de rencontres enrichissantes. Intrigué par notre accoutrement,Yannick nous invite à partager un verre avec son frère Patrice et leurs parents, Michel et Michèle. En tant qu' aide-soignant, Yannick évoque le sens de la fraternité nécessaire à sa profession. Travailler auprès de personnes âgées, dépendantes et souffrant de la maladie d'Alzheimer requiert des qualités humaines de respect et de douceur que n'ont pas toujours hélas les membres du personnel soignant. Etre fraternel signifie dans ce cas reconnaitre en l'autre toute sa dignité,  même si ses facultés sont fortement diminuées.

Le lendemain, nous sommes apostrophés par un homme qui nous double à  vélo. Stanislas est Polonais. Il a quitté son pays il y a plus de 20 ans pour des raisons politiques et économiques. Depuis, il a fait mille petits boulots et sillonné la France, souvent sur son vélo. Il nous invite spontanément : " Vous voulez repose un peu chez moi ? Café boire? Pas de problème, moi tout seul je habité.Chambre,vous voulez ?Pas de problème,  je dormir la salle à manger. Moi je connais voyageurs natural. Beaucoup,beaucoup voyagé. " Sa générosité nous touche beaucoup, sa personne et sa façon de parler aussi. Stanislas a beaucoup de vocabulaire, mais sa syntaxe est toujours approximative. Il n'a vraisemblablement pas bénéficié de cours de français et a dû apprendre sur le tas cette langue étrangère si difficile à  acquérir, surtout à  40 ans passés.

Voilà un sujet qui me touche particulièrement : l'intégration des populations étrangères via l'acquisition de la langue du pays d'accueil, ciment absolument nécessaire à la cohésion sociale. Les cours dispensés aujourdhui le sont surtout par des associations. Il me semble que nos dirigeants ne font pas les efforts suffisants sur ce plan-là, alors que c'est un enjeu majeur. L'accès à la langue est non négociable, car sans autonomie linguistique, point de liberté. 

"Et par le pouvoir d'un mot , je recommence ma vie. Je suis né pour te connaître . Pour te nommer, Liberté. " ( Paul Eluard)

http://www.poetica.fr/poeme-279/liberte-paul-eluard/

 

Petit jeu : quel est le titre que nous avons donné à la photo à la pancarte ?