JOUR 29 : mardi 6 octobre

 Chers amis,

Aujourd'hui est une journée noire, une journée de doutes, une journée de perte d'énergie et de vitesse. En un mot, j'ai les coutures qui craquent.

C'est le 29e jour de mon périple , j'entame ma 5e semaine de marche. La semaine passée a été merveilleuse, je me sens riche à millions grâce aux rencontres effectuées. Alors quoi, Crésus ?

La fatigue, tout simplement. Voilà 5 nuits que je ne dors que 3 heures à peine. Mes conditions d'accueil sont très bonnes, mais j'ai la tête pleine de tous ces beaux échanges et il m'importe d'en rendre compte, de les partager avec vous. Je ne parviens pas à y passer moins de temps, chacun mérite que je m'attarde un peu. Il est hors de question que je prenne, pour la relation de ces rencontres, sur le temps où je suis précisément...en relation avec les personnes. Alors je mords sur mon temps de sommeil, et la note commence à cuber. Hier soir, j'ai décidé d'aller à l'hôtel pour avoir une soirée neutre, blanche comme une page à noircir rapidement, vite vite avant que ma mémoire ne me fasse défaut.

Au lieu de me reposer et de goûter le confort de la chambre et la longue plage d'écriture possible, j'ai succombé à une crise de panique en éprouvant avec horreur de douloureuses démangeaisons-brûlures sur les quatre membres. J'ai aussitôt pensé que j'avais attrapé la gale prophétisée par Bruno à Buzançais, et n'ai même pas eu envie de sourire en lisant à 2h du mat' sur internet que la femelle du parasite "creusait son sillon" sous la peau de ses victimes. J'ai vu la fin de mon périple. Si j'étais galeuse, comment pourrais-je désormais frapper chez les bergers que la Providence met sur mon chemin ? Mêêê je faisais fausse route, les symptômes ayant disparu ce matin. Ouf ! Ce devait être une allergie alimentaire ( j'ai mangé hier une assiette composée d'une douzaine d'aliments différents, dont de la charcuterie ) ou une réaction cutanée de type "prurit" ( je cite un professionnel de santé familial qui se reconnaîtra) provoquée par des frottements entre ma cape de pluie mouillée et ma peau trempée de sueur ( j'ai marché toute la journée sous l'eau)

Soulagement donc. Alors quoi ?

Ce qui a déclenché mon intense découragement, mon envie de rendre mon bourdon, c'est de découvrir au matin que deux messages écrits dans la nuit ( dont un publié) s'étaient effacés. Sans rentrer dans les détails techniques, je jongle entre mon smartphone pour charger les photos que je sélectionne et la tablette où j'écris depuis son achat à Tours. Des problèmes de connexion font que parfois, les deux ne se synchronisent pas. Bref, j'ai perdu hier le fruit de mon travail de la nuit, et c'est la "cerise qui a fait s'écrouler le gâteau" ( je cite un poète familial qui ne se reconnaîtra pas)

Alors, marcher toute la journée sous la flotte, oui, manger des sucreries en guise de déjeuner pourquoi pas, ne dormir que quelques heures par nuit, passe encore, mais perdre le fruit de son travail, alors là je dis non ! Je n'ai ni la patience, ni l'abnégation d'une Pénélope !

J'ai mis une heure à trouver mon chemin et à parcourir le kilomètre nécessaire pour sortir de La Châtre, dont je n'ai réussi à m'extraire qu'à 15h et en pleurant à gros bouillons.

J'ai trouvé du réconfort auprès d'un bourricot qui a traversé tout son champ pour venir à la rencontre de mon âne en peine. Réconfort aussi dans la beauté de la nature, et aussi dans la magie des signes.

Moi qui doutais d'être fidèle à l'esprit de ma marche et qui avais des oursins dans le coeur, je tombe en arrêt devant un châtaignier au pied duquel repose ( elle en a de la chance ) une casquette frappée du sceau de l'esprit. C'est bon, qui que vous soyez, n'en jetez plus, j'ai compris !

"Charité bien ordonnée commence par soi- même."

Je décide de m'octroyer quelques jours où je vais seulement marcher, sans demander l'hospitalité à de nouvelles personnes. Je dois me laisser le temps de digérer, de laisser infuser afin de me rendre à nouveau disponible pour de nouvelles rencontres. J' ai écrit ces lignes entre 3h et 4h40 du matin dans la salle prêtée par la commune de Ste Sévère qui n'a jamais si mal porté son nom, tant j'éprouve de douceur et de réconfort dans cet accueil neutre où je peux commencer à rattraper mon retard d'écriture.

Je vais rendre l'antenne dans quelques secondes, afin de donner une seconde chance à Morphée que j'ai coiffé au poteau dans la première manche.

A vous les studios ! ( " Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans...")