JOURS 55 et 56: dimanche 1er et lundi 2 novembre, Dieulefit à Buis-les-Baronnies via Nyons(26), 52 km

En quittant Dieulefit en ce dimanche matin, je passe un coup de fil à un couple quasi inconnu dans l'intention de leur demander l'hospitalitė pour...le soir-même. Je suis un peu dans mes petits souliers de leur donner un délai si bref, mais le rythme du piéton et les aléas de la marche au long cours rendent malaisées les projections à moyen terme. ( A ce propos, je suis revenue à ma première idée pour l'arrivée à Marseille. Je tiens vraiment à aller au Mucem le lundi 16, et aussi à avoir deux jours pour me poser avant de reprendre le train pour Rennes le jeudi 19 au matin)

J'ai rencontré Guy et Claire dans des circonstances peu banales, à savoir...au 1000e kilomètre de ma marche, sur la place du village de Lavaudieu ! Intrigués par la banderole, la guitare et notre mini-troupe effervescente, trois couples de touristes désireux de visiter le cloître se sont approchés de nous et se sont enquis de nos motivations. Quelques minutes plus tard, j'enregistrais le numéro de Guy et Claire qui me proposaient de dormir chez eux quand je passerai du côté de Nyons. Ma gêne fond en entendant la voix chaleureuse de Guy qui me surprend en me disant que j'étais attendue. Tout va bien, je peux commencer ma journée de marche rassérénée d'avoir un toit et des hôtes compréhensifs.

Je suis absolument éblouie par la beauté des paysages de la Drôme provençale, région que je découvre avec ravissement. Le soleil coule à flots et je marche encore jambes et bras nus. Le dénivelé est sympathique et permet des points de vue extraordinaires. Je reprends du poil de la bête après mon coup de mou physique des derniers jours. Tout va bien !

Guy et Claire viennent me chercher à la nuit tombée sur une petite route secondaire à quelques km de Nyons. Je me sens accueillie en amitié dès le premier instant, c'est drôle, nous ne nous connaissons pas plus que les autres hôtes inconnus chez qui je suis allée. Sauf que. Ces deux semaines où ils ont pensé à moi ont préparé le terrain d'une rencontre chaleureuse et j'en récolte immédiatement les fruits délicieux. Hummm, c'est bon !
Nous passons une excellente soirée au coin du feu et Guy et moi nous amusons un peu à échanger quelques phrases en allemand, langue qu'il maîrise puisqu'il a travaillé quelques années à Francfort.
Grâce à son métier d'ingénieur spécialisé dans les questions phyto-sanitaires en lien avec la culture du coton, Guy a voyagé dans de nombreux pays et travaillé très longtemps en Afrique. Claire est quant à elle docteur en chimie.
A la retraite, ils sont venus s'établir dans la Drôme et évoquent la difficulté d'intégration de ceux qui ne sont pas du cru et qui veulent s'investir dans leur commune d'adoption. Malgré toute leur bonne volonté, ils sentent qu'ils restent des "étrangers" et bénéficient du même régime de défaveur réservés à leurs pairs. C'est vraiment un esprit peu fraternel qui règne dans la commune où ils habitent. Les intérêts privés priment sur l'intérêt commun,le copinage avec le maire permet d'obtenir certains avantages en nature. Différence de traitement qui n'aide pas à favoriser les notions d'égalité et de justice, pourtant nécessaires pour vivre ensemble en bonne intelligence. Aux dernières élections, les gagnants ont pendu une veste pour signifier leur défaite à la liste d'opposition. Petit détail qui en dit long sur le respect de l'adversaire...

Nous parlons aussi de la confiance ou plutôt du manque de confiance qui sévit aujourd'hui dans notre société. Manque de confiance envers nos dirigeants, à mon sens le ver principal dans le fruit de la démocratie. Comment en effet parler de démocratie (le pouvoir du peuple ) quand la base qui élit ses dirigeants n'a plus confiance en eux ? Comment continuer à aller voter quand on pense au fond de soi que le pouvoir pervertit la quasi totalité de ceux qui y accèdent ?

Manque de confiance aussi dans le monde du travail qui est en train de se casser la gueule sur le plan humain. Autrefois on ne comptait pas ses heures, par passion et dévouement, certains allant même bosser le dimanche pour peaufiner un travail en cours ( Claire et moi avons fait cela quelques fois). Comme aujourd'hui la confiance n'y est plus, qu'on nous demande de rendre des comptes, et bien, on finit par compter ses heures et la notion de dévouement se réduit comme peau de chagrin.

J'aborde encore la notion de confiance un peu plus tard en haut des collines avec Michel, VTTiste chevronné faisant partie du club des 100 cols. Pour y entrer, il faut avoir grimpé 100 cols sur les 1600 que compte la France. Il n'y a pas de contrôle, tout est basé sur la confiance, la parole donnée et la liberté. On grimpe quand on veut, le principe du club est de partager une passion pour le vélo et de faire découvrir la France. Cela m'évoque les BPF ( brevets des provinces françaises) que mes parents cyclotouristes récoltent patiemment depuis des dizaines d'années. La FFCT ( fédération française de cyclotourisme) propose des points de passage dans chaque département ( à tamponner cete fois sur une carte) afin de faire découvrir la France à ses adhérents. Cela permet d'inciter à visiter tout le territoire et je trouve qu'il y a dans cette proposition l'idée que tout peut être intéressant. Il n'y a pas que des coins super sexy où tout le monde doit se précipiter. Partout il y a un intérêt à découvrir. Si je ne m'abuse, mes parents ont quasiment tamponné tous leurs BPF. Ils connaissent la France comme la poche arrière de leur maillot de cyclos !

Un dernier mot pour relayer un témoignage de fraternité. Michel a quitté sa Lorraine natale pour venir s'établir provisoirement à Avignon et prêter main forte à sa fille qui a 4 enfants et besoin d'aide en ce moment. Je trouve que cet exemple de solidarité faliliale est touchant à une époque où c'est de moins en moins une évidence.

Après une journée de marche entre Nyons et Buis-les-Baronnies, je retrouve au café le club de randonneurs dont fait partie Guy. Celui-ci m'a emmené en voiture mon gros sac à dos ce matin, c'est donc avec des semelles de vent que j'ai avalé sans effort les 24 km de la journée.
Véronique arrive au café pour m'emmener chez elle. Le " Je vous la confie" de Guy à Véronique me touche beaucoup. Je prends congé de mon hôte avec émotion, non sans l'avoir invité à passer en Bretagne. Si tout le monde me prend au mot-ce que je souhaite- il va y avoir du passage à Acigné !