Tout,tout,tout, vous saurez tout sur le Ventoux !

Le vrai,le faux, le laid, le beau

le p'tit genou qu'a un coup d' mou

le raide sentier, le mont Pelé

le sanglier qu'est pourchassé

Tout, tout, tout, tout,

j'vous dirai tout sur le Ventoux !

 

JOUR 59: jeudi 5 novembre, Plaisians(26)- Verdolier (84), 10h de marche, 36 km. Dénivelé inconnu mais, comment dire, respectable

8h: il est tôt, j'ai assez bien dormi, avalé un petit bol de riz avec du thon. Mes vêtements sont secs, il fait très beau et je pars confiante malgré l'enjeu sportif de cette journée. Une dizaine d'heures de marche à la louche, dont l'ascension du Mont Ventoux et le plus gros dénivelé depuis mon départ. Est-ce bien raisonnable ?

9h: Je viens d'effectuer 5 km, à la faveur d'un chemin facile en pente douce. Dans 1 km seulement, j'arriverai à Brantes, village où je pensais faire étape hier avant d'être coincée par la pluie diluvienne. Je me sens dans une forme olympique, prête à réaliser ce petit exploit sportif de grimper et descendre le géant Ventoux en une seule journée. Pas froid aux yeux la gonzesse, d'ailleurs elle le prouve en quittant son collant!

10h: Je viens de passer 40 mn à l'Auberge de Brantes où j'ai pris des forces avec un second petit-déjeûner préparé avec soin et amour ( pléonasme) par Majo. Onctueux chocolat chaud et délicieuses tartines aux confitures maison ravissent mes papilles un peu malmenées par deux mois de régime hyper-boulangesque et hypo-fibrique.
Yvanne la patronne m'offre généreusement le petit-déjeûner et je repars requinquée par l'accueil chaleureux et soutenant de cette bonne maison. Le village de Brantes est très mignon. Je commence à sentir le trac, je suis au pied du géant.

11h: l'ascension a commencé depuis 30 minutes. D'après Yvanne, j'en ai pour 5h à grimper. Cela ne me fait pas peur,ma seule appréhension concerne le timing et la possibilité de redescendre à Sault à la nuit tombée.

12h: j'ai parcouru 14 km depuis ce matin, ça commence à grimper sévère. Je viens d'avoir une très grosse frayeur en entendant des coups de fusil très très près de moi, et là j'ai vraiment eu peur de me faire tirer dessus. J'ai donc sorti mon sifflet et donné des petits coups secs en criant "Attention, randonneur !" Au bout de 4/5 fois, un chasseur affublé d'un gilet orange fluo est sorti du bois en me rassurant (mouif...), me disant qu' il m'avait vue depuis longtemps. Jour de battue aujourd'hui, on chasse le gros gibier, sale temps pour les sangliers ! J'ai un trou dans ma chaussure, pourvu qu'elle tienne jusqu'au bout !

13h: Je viens de faire une petite pause sur le chemin pour envoyer Dream Drum Drom sur le blog. Ca m'a coupé les pattes, mais c'est tellement difficile depuis la Creuse d'avoir du réseau, je passe tellement d'heures à essayer en vain de charger les photos ( 5 heures par exemple hier soir à galérer !) que je saute sur les miettes de réseau quand il y en a. Je me suis beaucoup refroidie, je marche à l'ubac, versant nord de la montagne, j'ai les mains gelées et commence à m'enrhumer. J'ai l'impression que la lumière décline, vue de l'esprit certainement car il n'est que 13 h. J'aperçois le sommet qui paraît encore fort loin ! Le moral est bon, dire que je pourrais être enfermée dans une classe à cette heure-là, ça fait peine !

14h: Je viens d'être prise d'une forte émotion à une heure du sommet. Je vois les montagnes,j'aperçois les sommets enneigés des Alpes, le regard porte vraiment très loin. Je suis très impressionnée par ce qu'on peut faire à l'échelle humaine, avec la volonté et la persévérance. Ca m'émeut. Je ne pensais pas me faire attraper par cette émotion, parce que je ne faisais aucun cinéma avec le Ventoux, ça ne me parlait pas plus que ça. Passage obligé en hommage à mes parents et amis cyclotouristes certes, mais je ne pensais pas qu'il y aurait une telle charge émotionnelle à grimper au sommet. Je vais devoir manger, j'ai une baisse de tonus là, j'ai froid, il faut que je reprenne des forces.

15h: Je viens d'arriver au sommet du Ventoux. Beaucoup d'émotion devant la beauté du paysage, mais surtout en pensant au courage physique dont j'ai fait preuve en marchant depuis 8h ce matin et en grimpant sans relâche pendant 5h. Quand je vois d'où je suis partie, je n'ai plus les yeux très secs.

16h: Je redescends du sommet, je marche entre ces bâtons rouges et bleus très graphiques qui sculptent le paysage. J'ai 25 km au compteur en arrivant au Col des tempêtes. Patrick et Colette, deux marcheurs bretons, m'ont donné un peu d'eau et du courage pour aborder la descente. Il m'en faudra car le soleil décline et j'ai une pointe d'inquiétude à l'idée de marcher plusieurs heures dans la montagne à la nuit tombée. Allez, il faut faire confiance et ne pas se mettre en danger.

17h: Le soleil se couche, je suis encore loin du but mais assez confiante. Je vais réussir à aller jusqu'à Sault ce soir, en faisant du stop sur la route pour les derniers km. Je n'ai pas le choix de toute façon, pas question de passer la nuit en forêt.

18h: Il fait nuit noire, je suis obligée de marcher à la frontale pour éclairer le chemin caillouteux, trop peur de me retordre la cheville. Pas hyper rassurée d'être encore dans les bois. J'ai vu un refuge de l'office des forêts, mais je ne me sentais pas d'y passer la nuit, trop peur du loup,le chaperon..

19h: Je viens de passer une heure effrayante dans la forêt. La descente en pleine nuit était très éprouvante, avec forte pente sur chemin extrêmement caillouteux, limite pierrier à certains endroits. Pour me donner du courage, je viens de passer une heure à me parler allemand à voix haute. Comme ça fait 23 ans que je ne parle plus cette langue, ça me demande une concentration qui me distrait de ma peur. Peur de l'accident...et des mauvaises rencontres.

20h: Ouf, je suis à l'abri au bien-nommé gîte Pile Poil à Sault. En arrivant enfin au lieu-dit Verdolier, un monsieur m'a proposé fort aimablement de m'emmener au village distant encore de...7 km. Avec 36 km de marche dans les semelles, je n'ai pas boudé mon plaisir. J'ai trouvé refuge au gîte que la propriétaire a eu la gentillesse de faire rouvrir pour moi, bien qu'il soit fermé pour la saison. J'ai même dégusté une bonne soupe offerte par Anne, la charmante voisine qui m'a ouvert les portes.

21h: Toujours pas de réseau, je renonce à batailler.

22h: Extinction des feux !

2h à 4h: réveil spontané puis rédaction de ce post. Pfiew, sacré rythme tout de même, c'est limite humain !