JOURS 52, 56 et 57 : 29 octobre, lundi 2 et mardi 3 novembre, à Crest et à La Roche-sur-le-Buis (26)

 

L'autre jour à Crest, j'ai retrouvé pour un petit temps mon ami Yannick, accompagné de sa fille Louise.
Yannick est lui aussi chanteur ( en solo et dans le beau duo Gâmal,dont le premier CD est en préparation !) et revient d'un voyage de trois mois dans le Caucase. Il y a collecté des chants auprès de la communauté des Kistes, Tchétchènes installés depuis longtemps en vallée de Pankissi en Géorgie, puis s'est rendu en Arménie et en Iran pour y rencontrer des musiciens yézidis, nom d'une minorité religieuse très ancienne.
La musique, passeport international, se joue des frontières imposées par les hommes.
Alors qu'il traversait à pied celle entre la Géorgie et l'Arménie, Yannick a essuyé moult questions de la part d'un douanier patibulaire et méfiant, intrigué par tant d'instruments inconnus: "C'est quoi ça ? Joue !" Au bout d'un moment, lassé de son manège, Yannick a entonné un chant arménien qui a fait fondre d'un coup la carapace du douanier bourru qui n'eut ensuite de cesse de lui être agréable.

 

Plutôt que de s'embarrasser de longs discours, mon ami préfère me raconter l'essence de son voyage en chantant. Il s'accompagne de grelots et d'une shruti box( instrument indien à soufflet permettant de jouer un bourdon). Sa voix chaude et inspirée emplit tout l'espace et réchauffe le coeur. J'admire sa faculté d'adaptation et de restitution des timbres de cultures si éloignées de la nôtre. Il faut beaucoup d'amour et de respect pour en être capable. Yannick n'en manque pas. Il se passionne pour les chants sacrés du Caucase et du Proche-Orient et noue des liens fraternels très forts avec des musiciens, rencontres qui débouchent parfois sur de fructueuses collaborations. Ainsi, il s'occupe avec passion et dévouement d'Aznach, groupe de chanteuses tchétchènes de la vallée de Pankissi. J'ai découvert en 2004 la puissance de ces chants et me suis moi aussi rendue à deux reprises dans cette vallée afin de rencontrer des chanteuses et de collecter quelques chants. Inoubliable expérience...
Pour ceux qui n'auraient pas la possibilité de se rendre en Pankissi, Yannick propose d'inviter cet hiver deux chanteuses tchétchènes, Taïssa et Malkhe, afin de dispenser leur enseignement en France. Il pourrait y avoir un stage dans la Drôme les 6 et 7 février, et un autre vers Rennes le week end des 13 et 14 février 2016 s'il y avait assez de stagiaires. Je lance un appel : qui serait intéressé par un tel stage ? L'argent recueilli servira bien sûr à payer les chanteuses, mais aussi à financer les études à Tbilissi de la plus jeune.

 

Avant de nous quitter,Yannick me donne le contact de Véronique qui habite à côté de Buis-les-Baronnies où je vais faire étape. Je me réjouis de cette rencontre, d'autant que la jeune femme fait partie d'un trio vocal féminin,Tzarik, dont le répertoire est proche de celui d'Izvan.
Je me rends le premier soir à la répétition de la chorale Monalisa dont font aussi partie les trois membres du trio. L'une des chanteuses me reconnaît : elle a participé il y a quatre ans à un stage de chants géorgiens que j'animais avec Laurent. Je le savais déjà mais cela se confirme: quand on a une passion, le monde reprend taille humaine et il n'est pas rare de tisser des liens avec des gens à un autre bout de la planète, comme j'en ai plusieurs fois fait l'expérience. Je vais d'ailleurs en donner un exemple sur-le-champ.
Tout à l'heure dans les collines, alors que je me réfugiais sous le maigre abri de ma cape de pluie détrempée, j'ai reçu un message d'Estelle, ma complice d'Izvan, me disant qu'elle avait trouvé sur internet une présentation fort inspirante d'un trio vocal féminin...Tzarik ! Elle ignorait alors que je venais de passer deux nuits chez l'une des chanteuses. Troublant, n'est-ce pas ?

 

Je me suis tout de suite sentie bien chez Véronique. Sa maison est belle et chaleureuse, à l'image de celle qui l'habite. "Ce qui est dehors est comme ce qui est dedans", ai-je lu un jour quelque part.Le trio Tzarik ("fleur" en arménien) interprète des chants de la Méditerranée au Caucase, et Izvan ( "à l'extérieur de" en croate) des Balkans au Caucase. Deux des membres de Tzarik sont d'origine arménienne, et leur attrait pour ces mélodies si belles plonge dans leurs racines. Pour Izvan, nulle racine généalogique ( sauf pour Barbarie, notre nouvelle chanteuse), mais des résonances intimes qui nous ont fait choisir d'interpréter ce merveilleux répertoire.
Comme le dit si bien Véronique, la musique traditionnelle, avec ses thèmes ancestraux et universels, permet de mettre en évidence ce qui relie les hommes, plus que ce qui les divise. Aussi, il n'est pas rare de trouver différentes versions d'un même chant chez des pays voisins aux relations parfois fratricides. Frères ennemis peut-être, mais frères avant tout. Le désir de Véronique est de faire passer à travers le chant, un message de paix et de fraternité. C'est aussi le nôtre avec Izvan. Toucher les gens par la musique, transmettre la beauté d'autres cultures pour ensuite peut-être ouvrir une porte, piquer la curiosité et permettre la rencontre.

 

Pour les mélomanes parisiens, sachez que Tzarik sera en concert dimanche 7 novembre à 17h à la péniche Anako.
Pour les amoureux des chevaux, sachez que Véronique dirige une merveilleuse ferme équestre à la Viste, à 6 km de Buis-les-Baronnies.
Et enfin, pour les amoureux des steppes, sachez qu'elle rêve de partir à cheval en Mongolie en passant par l'Arménie. Il ne manque plus que d'autres rêveurs pour seller les chevaux...